15/12/2014

«La tyrannie du silence» par l'éditeur des caricatures de Mahomet

Le livre de Flemming Rose, rédacteur culturel au Jyllands-Posten qui a commandé les fameuses caricatures de Mahomet en 2005, est particulièrement pertinent au moment où la Commission des droits du Québec propose d'interdire les propos, y compris les œuvres artistiques et littéraires, susceptibles d'offenser les sentiments religieux des croyants.


Réd: L'affaire de caricatures danoises a mis en évidence pour la première fois, d'une manière stupéfiante, l'incapacité d’accepter la critique non seulement de la part des musulmans du monde islamique, mais des "nôtres". Toutes les associations, tous les portes-paroles des communautés musulmanes occidentales ont condamné cette "offense", appuyés par d'innombrables et suicidaires idiots utiles. Depuis, la liberté d'expression, -justifiée par la lutte contre l'invention la plus bête et la plus utile à ce suicide, l' "islamophobie"- n'a cessé de s'affaiblir.

Vu l'importance du sujet, je reprends un article paru dans la "New Republic", traduit en français par l'excellent site Poste de Veille . C'est moi ai mis en gras certaines phrases

Flemming Rose a été qualifié de nazi, d’ennemi des musulmans, et de Satan danois. Il a été simultanément la cible de menaces de mort et blâmé pour la mort de 200 innocents dans le monde. Depuis septembre 2005, date où il a commandé les caricatures désormais tristement célèbres de Mahomet pour le journal danois Jyllands-Posten, Rose a été un point focal de la tension entre le respect de la diversité culturelle et la protection des libertés démocratiques.

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Cette image de Rose comme provocateur extraordinaire est difficile à concilier avec l'homme lui-même: calme et réfléchi, il donne l'impression d'être encore un peu surpris d'avoir causé un tel émoi. «Je ne suis pas par nature un individu provocateur», m’a-t-il expliqué quand je l'ai rencontré à Washington. «Je ne cherche pas le conflit en tant que fin en soi, et je n’éprouve pas de plaisir quand des gens sont offusqués par ce que j’ai dit ou fait». Il trouve déconcertant que des Occidentaux ne voient pas sa décision de publier les caricatures comme une défense des valeurs fondatrices des démocraties libérales.

Rose a commandé les caricatures, y compris l'image incendiaire de Kurt Westergaard représentant Mahomet avec une bombe dans son turban, pour mettre en évidence les problèmes croissants de l'autocensure en Europe. A Londres, la galerie d’art Tate avait retiré une œuvre montrant le Coran, la Bible et le Talmud déchirés en morceaux. Les administrateurs du musée craignaient d'offenser les musulmans, particulièrement après les attentats de Londres en juillet 2005. Au Danemark, un auteur pour enfants n'a pu trouver d'illustrateur pour un livre sur la vie de Mahomet; le dessinateur qui a finalement accepté de l’illustrer l'a fait sous condition d’anonymat. En même temps, le ministre de la Justice des Pays-Bas a invoqué l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh pour plaider en faveur de lois contre les discours de haine. Si de telles lois avaient été en vigueur, a-t-il fait valoir, Theo Van Gogh n’aurait pas été assassiné puisque son film, qui critiquait le traitement des femmes dans l'islam, n’aurait jamais vu le jour.

Critiquer l'islam ne constituait pas une infraction à la loi, mais il y avait une énorme pression sociale pour le faire en douceur. La caricature était une manière d'insister sur la liberté d'expression et de montrer à quel point elle était menacée dans certaines des plus grandes démocraties du monde. «Ne devrait-on pas considérer comme une marque de civilisation le fait de répondre par le simple crayon d'un caricaturiste à la violence barbare ?», demande Rose. Pourtant, des manifestations musulmanes ont éclaté dans le monde entier; des ambassades danoises ont été attaquées; un musulman somalien a fait irruption dans la maison du caricaturiste Kurt Westergaard en brandissant une hache et un couteau; les bureaux du journal Jyllands-Posten ont été évacués après des alertes à la bombe; et Radio Danemark, le chef de file des médias publics du pays, a demandé à Rose combien de bombes devaient exploser avant qu'il ne présente ses excuses.

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Rose a passé les dernières années à défendre sa décision dans des universités et des groupes de discussion, et à faire son introspection. «J’ai constaté que j’avais besoin de réfléchir sur ma propre histoire et mon vécu, a-t-il dit. Pourquoi ce débat était-il si important pour moi?» Le nouveau livre de Rose, «La tyrannie du silence: comment une caricature a suscité un débat mondial sur l’avenir de la liberté d’expression», s'inscrit dans sa «quête personnelle» pour trouver un sens à la folie qui a submergé la dernière décennie de sa vie.

Les livre navigue entre le personnel et l’historique, entre la propre évolution intellectuelle de Rose – particulièrement ses années comme correspondant dans la Russie soviétique – et les forces de l'histoire européenne moderne. Il voit l’État démocratique en crise, incapable de contenir les disparités internes d'une société multiculturelle. Au lieu d'augmenter la diversité d'expression, la diversité culturelle restreint la liberté d’expression. Depuis 2005, croit Rose, l'autocensure n'a fait qu'empirer. À titre d'exemple, en août dernier, un artiste suédois a été reconnu coupable «d’incitation à la haine» et condamné à six mois de prison pour avoir exposé des œuvres «racistes» dans une galerie privée. Rose sent le spectre du «délit d’opinion» orwellien, mais en Europe, soutient-il, «la liberté ne s’évanouira pas d’un coup… Elle disparaîtra plutôt graduellement, sans créer de remous.»

Rose attribue la vague de politiquement correct au désir en apparence bénin de vivre dans une société harmonieuse. Il comprend le désir des groupes ethniques, en particulier les minorités, de se protéger de la critique, mais la critique fait partie intégrante de la vie dans une société démocratique. Sans elle, soutient Rose, nous risquons de régresser à un état d'esprit d'avant les Lumières: «Avant les Lumières, l'Église percevait les attaques verbales contre la doctrine comme des attaques physiques contre elle. L’accomplissement des Lumières a été de séparer les paroles et les actions. Et pour moi, il s’agit là d’une distinction très importante entre un pays civilisé et un pays non civilisé».

L'Holocauste, en particulier, hante les débats européens sur la critique des minorités religieuses et ethniques. Les partisans de la censure voient la propagande antisémite de l'Allemagne nazie dans les caricatures de l’islam. Rose a été confronté à maintes reprises à l’argument suivant: les images et les paroles haineuses mènent à des actes haineux. Il s’agit là d’une lecture erronée de l’histoire, insiste-t-il. En fait, l'Allemagne de Weimar avait des lois contre les discours haineux protégeant les Juifs. Joseph Goebbels, ministre de la propagande d'Hitler, a été poursuivi en justice à plusieurs reprises en raison de propos antisémites, et Julius Streicher, rédacteur en chef de la publication nazie Der Stürmer, a été emprisonné deux fois.

Ces lois n’étaient pas terriblement efficaces, notamment parce qu'elles ont transformé Goebbels et Streicher en petits héros. Chaque fois que le magazine de Streicher a été traduit en justice (36 fois en une dizaine d'années), il attirait l'attention des médias. Il était acclamé par la foule; le jeune Hitler les attendait même devant la prison. Mais les lois ont également échoué parce que les agressions verbales contre les Juifs étaient accompagnées d’agressions physiques. Dans les quatre premières années de la République de Weimar, note Rose, il y a eu 400 assassinats politiques - un meurtre politique presque tous les trois ou quatre jours - par la droite radicale et la gauche radicale. Et alors que les cas de discours de haine étaient poursuivis, la grande majorité des agressions contre les Juifs ne l’étaient pas. Il y avait une énorme atmosphère d’intimidation - différente en termes de degré, mais pas en termes de nature, semble impliquer Rose, par rapport au type d’intimidation à l’œuvre dans les sociétés occidentales aujourd’hui. «L'histoire de la République de Weimar, soutient-il, est en fait l'histoire d'un État très faible qui n'était pas en mesure de protéger les droits de ses citoyens.»

La solution, aux yeux de Rose, consiste à permettre la critique verbale et visuelle de tous les groupes, tout en poursuivant agressivement les auteurs de violence physique. Il cite le cas d'Aryeh Neier, un survivant américain de l'Holocauste qui, en 1977, a défendu le droit des Nazis de défiler dans Skokie, une ville de l’Illinois comptant beaucoup de Juifs ayant fui Hitler. Ce cas est en partie une question de principe: la liberté d'expression doit être défendue comme un droit démocratique même lorsque nous n’aimons pas ce qui est dit. Mais ce cas comporte aussi, ajoute Rose, une leçon stratégique intéressante: comme les Nazis étaient autorisés à manifester, ils n’ont pas obtenu le genre d'attention qu'ils auraient souhaité. Le mouvement s’est dissipé.

Mais l'argument le plus intriguant de Rose pour la liberté d'expression est l'idée que la censure n’est pas seulement un crime politique et une violation des droits civils fondamentaux; c’est aussi un crime contre la nature humaine. La censure réduit les gens à des objets passifs; elle nie l'instinct humain inné pour la langue, l’expression, et la narration. Il y a un volet existentiel, et pas seulement politique, dans l'argumentaire de Rose, et c’est peut-être ce qui le soutient dans sa défense de quelques caricatures depuis près d’une décennie. Et si la censure est une violation de la nature humaine, on peut se poser la question: est-ce que la poussée pour la «sensibilité» culturelle donnera naissance à un autre type de sujet politique en Occident? Que sommes-nous en train de devenir? Nous aboutirons, répond Rose, «dans une tyrannie du silence, le titre de mon livre. C’est ce que je crains».

 

Source : The Man Behind the Most Infamous Cartoon of All Time, par Elizabeth Winkler, NewRepublic, 9 décembre 2014. Traduction par Poste de veille

 

 

 

 

Commentaires

Il y a ceux qui ne voient pas, et ceux qui ne VEULENT pas voir !...

Écrit par : Nany | 15/12/2014

Voilà un homme bien.

A méditer:

http://www.tdg.ch/monde/europe/pegida-grossir-vague-antiislam/story/24262804

Un tel mouvement pourrait-il s'étendre à d'autres pays...

Écrit par : Johann | 15/12/2014

Mais il y'a aussi ceux qui veulent voir mais n'y voient rien. Nemo dat quod non habet, comme dirait l'autre

Écrit par : Patouhca | 15/12/2014

Quelques citations à méditer:


"Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre", George Orwell.


"Sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur", Pierre Augustin Caron de Beaumarchais.


"La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré", Jean-Paul Marat ("Les Chaînes de l’esclavage").


"La liberté, c'est l'indépendance de la pensée." Epictète


"Quand la liberté d'expression n'existe plus, c'est la liberté de pensée que l'on jette en prison." Pascal Mourot.


"Une société qui interdit à outrance pour protéger chacun contre soi est une société qui n'a pas une très grande idée de l'homme et qui tôt ou tard se demandera s'il ne faut pas penser à sa place". Philippe Bartherotte


"La servitude commence toujours par le sommeil." Montesquieu

Écrit par : Minona | 16/12/2014

S'il ne faut offenser aucun croyant, il faut de suite retirer le coran, qui est une insulte à la bible; le coran proclame que Jésus n'était pas le fils de Dieu, ce qui est une insulte aux chrétiens.....

Écrit par : vieuxschnock | 16/12/2014

@vieuxschnock, bien au-delà de l'insulte
que ce soit envers l'enfant et la femme ou envers l'humanité,

le coran vs. Droits de l'Homme est condamnable pour incitation à la violence, à l'abus sur mineur, au viol, à la pédophilie, à l'incitation au crime, au crime en bande organisée, au commerce humain, pour exclavagisme, pour génocide

si Mein Kampf d'Hitler fut interdit pour ces raisons,

les mêmes lois pourraient - théoriquement - s'appliquer aux diverses versions publiées sous le titre de Coran

Écrit par : genevois déshérité | 16/12/2014

Tyrannie du silence!
Assassinat de la Liberté d'expression par des représentants mêmes des victimes de l'antisémitisme.

http://ripostelaique.com/les-collaborateurs-de-la-licra-nous-cherchent-des-poux-et-ne-trouvent-pas-non-plus-notre-adresse.html

On vit vraiment dans un monde de fous. A moins qu'il n'y ait réellement réellement un complot voulant nous imposer le pire système idéologique que l'Humanité ait connu. Je me refuse d'y croire et pourtant. A se demander ce qui aveugle tant nos penseurs?


Nous avons quand même une bonne nouvelle à savourer: Christine Tasin a été relaxée. Désormais, en plus de pouvoir dire que l'islam est la religion la plus con (Houellebecq), on pourra dire que l'islam est une saloperie et l'actualité ne devrait nous en laisser aucun doute, vraiment aucun.

http://ripostelaique.com/christine-tasin-relaxee-on-a-le-droit-de-dire-que-lislam-est-une-saloperie.html


En Allemagne, ce lundi à Dresde, ils étaient 15'000 à descendre dans la rue pour dire leur refus de l'islamisation de leur pays. Le chiffre augmente semaine après semaine.

https://www.facebook.com/pages/PEGIDA/790669100971515

Lisez les journaux, tous crachent contre ce mouvement légitime. Nous citoyens européens, sommes en droit de refuser une idéologie qui sanctifie la haine, qui est un hymne à la discrimination, à la violence, au meurtre. C'est quand même étonnant de voir que nos élites se refusent à voir ce qu'il y a dans les écrits sacrés de cette pseudo religion mais véritable système totalitaire totalisant qui guide les moindre détails de la vie du croyant, mahomet est le parfait modèle musulman à imiter.

Ceux qui s'opposent à l'islam seront traînés dans la boue, il faudra être fort pour ne pas se laisser intimider par ces méthodes dignes des meilleurs régimes totalitaires que l'Europe a connus, je pense à l'Allemagne nazie et à l'URSS communiste.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 18/12/2014

"On vit vraiment dans un monde de fous. A moins qu'il n'y ait réellement réellement un complot voulant nous imposer le pire système idéologique que l'Humanité ait connu. Je me refuse d'y croire et pourtant. A se demander ce qui aveugle tant nos penseurs?" G. Vuilliomenet

Le libre marché en est la cause première. Nous ne sommes que des outils qui rapportent et lorsque l'Europe sera divisée, vidée de son passé, envahie, elle sera faible au point d'être corvéable à merci. La BBC a fait un reportage assez intéressant dans lequel quelques dirigeants annoncent très clairement la couleur (n'a pas été sous-titré malheureusement).
https://www.youtube.com/watch?v=MHplEJgevqM

Voilà quelque chose qu'il faudrait entreprendre pour être plus fort ensemble : traduire de nombreuses informations qui nous viennent de Suède, de Norvège, d'Angleterre, d'Italie. Ce sont nos voisins et nous ne pouvons les ignorer et ignorer leur triste sort. D'autant plus que nous sombrerons avec eux. Que nous sombrons avec eux.

Écrit par : C. Donal | 31/12/2014

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