24/04/2015

Immigration clandestine et réfugiés: Manon Schick à la question

Afflux de requérants d’asile, dispositifs saturés, ras-le-bol des populations: entretien au long cours avec la directrice générale d’Amnesty International Suisse. 

Avec le drame du 19 avril, les défis de l’immigration clandestine augmentent. Si l’action humanitaire est renforcée, les réfugiés pourront aborder l’Europe avec davantage de sécurité et cette immigration déjà en forte hausse risque d’exploser. Et les trafics d’êtres humains seront favorisés en Libye.

Je ne suis pas sûre que nous allions vers une meilleure protection. Ces 2-3 dernières années, la situation s’est détériorée. L’opération Mare Nostrum visait à sauver des migrants, Triton qui l’a remplacée est plutôt destiné à protéger des frontières. Il y a déjà eu en quatre mois la moitié des morts de l’an dernier. Mais c’est vrai, la situation ne va sûrement pas se calmer en Lybie du côté des passeurs.

Vous avez toujours été très sévère à propos de Mare Nostrum. Or, elle a permis de sauver 170.000 personnes en 2014. On estime à 6000 les personnes noyées, et on a l’impression à vous lire que l’Europe est responsable de chaque noyé. Je trouve cela choquant.

Moi ce que je trouve choquant, c’est de constater que des tragédies se produisent aux portes de l’Europe parce  qu’elle n’assume pas ses responsabilités. Elle a pris le risque de remplacer un système qui fonctionnait par une opération de portée absolument moindre, et en connaissant le risque de faire de la Méditerranée un cimetière.

Vous n’attribuez aucune responsabilité aux migrants. Or, ils connaissent les dangers. Ils emmènent par ailleurs de plus en plus d’enfants avec eux. Sont-ils forcés de prendre ces risques?

Je serais étonnée que les gens réfléchissent en ces termes. Que tant de personnes soient prêtes à prendre un tel risque témoigne de leur niveau de désespoir. Oui, tous les êtres humains ont une responsabilité et certains parmi ces migrants ont fait un choix. Mais beaucoup fuient des régions en conflits où elles étaient persécutées, ou étaient déjà présentes en Libye, dans des camps. Elles n’ont  pas d’alternative. Actuellement, une personne qui souhaite déposer une demande d’asile en Europe doit venir dans un pays européen. C’est pourquoi nous demandons que les pays européens créent un accès légal.

Comment le concevez-vous ?

Nous demandons une voie d’accès légale pour les personnes qui ont une probabilité d’obtenir un statut de réfugié, qui peuvent prouver une persécution individuelle (prison, torture, etc.) ou qui doivent être protégées en raison d’un conflit et ne peuvent pas être renvoyées. L’idée est de ne pas faire venir quelqu’un qui ne répondrait pas aux critères. C’est ce qui se faisait dans les ambassades suisses avant que cette possibilité soit supprimée. Mais bien sûr, une personne qui obtiendrait une réponse négative sera susceptible de tenter une voie illégale, prendre le risque de traverser la mer.

manon schick,immigration,mare nostrumÇa pourrait donc être fait dans les ambassades? Et les réfugiés économiques que vous appelez régulièrement à accueillir ne seront plus pris en compte?

Les ambassades pourraient trier les demandes, pour autant qu’il existe une coopération entre Etats européens, des accords pour savoir qui étudie lesquelles, etc. Ça permettrait d’éviter que les personnes qui savent qu’elles vont être renvoyées entreprennent le voyage. L’Europe essaie de le faire, mais en sous-traitant l’examen de ces demandes à des pays dans lesquels elles ne sont pas traitées de façon correcte, comme cela se faisait avec Kadhafi.

Une réunion des ministres de l’intérieur a remis sur le tapis l’idée de sites en Afrique qui feraient le premier tri. Qu’en pensez-vous ?

Pour autant qu’ils  soient dans des pays où on peut garantir des procédures équitables, c’est envisageable.

Cette solution diminuerait-elle fortement le flot actuel?

Il y aurait sans doute une possibilité de diminuer. Ce n’est qu’un des facteurs possibles. Un autre serait évidemment, et c'est le facteur majeur, de trouver une issue au conflit syrien.

Selon un rapport de Frontex publié en mars 2015, les entrées clandestines ont augmenté de 180% en un an, les demandes d’asile de 38%  (470'000).  Les passages depuis le Maroc, la Hongrie ont aussi fortement augmenté. Comment gérer cet afflux que le HCR et vous-même nous annoncent plus fort encore cette année… et les suivantes ?

Ce sont les pistes que nous venons d’évoquer, notamment résoudre les conflits avant qu’ils ne dégénèrent, prendre en charge les déplacés dans les pays voisins, comme le Liban actuellement.

En Europe, les centres d’accueil sont engorgés, les caisses sociales n’arrivent plus à suivre, les frais médicaux explosent, et plus problématique encore, des millions de logements sociaux manquent. Comment accueillir toujours davantage?

Vous avez raison sur le constat, les centres sont engorgés. En Suisse, un projet-pilote prometteur permet de traiter les demandes plus rapidement. Il y a là une urgence, éviter que des personnes attendent une réponse durant des mois, voire des années et si elle est négative, qu’elles se retrouvent dans d’énormes difficultés pour partir. Ce sera un des moyens de désengorger les centres. Il est très important par rapport à la population suisse de prendre des mesures pour bien expliquer pourquoi des personnes fuient leur pays et viennent chercher refuge en Europe, pour que ça ne provoque pas des haines. Il faut aussi rappeler que les habitants sont quand même mieux traités que les requérants d’asile.

Mais le logement?

Il ne faut pas généraliser la situation de Genève ou de l’Arc lémanique.

C’est le cas de toutes les villes en Europe.

Dans certaines communes, par exemple dans les cantons des Grisons ou de Saint-Gall, des maires ont proposé d’accueillir des requérants d’asile en offrant des travaux d’occupation tout en favorisant les rencontres avec la population locale. Une commune de quelques milliers d’habitants a ainsi accueilli une petite centaine de requérants. La cohabitation se passe mieux que dans des grandes villes, car les habitants voient les requérants qui travaillent avec un autre regard. Il n’y a pas forcément un manque de places en Suisse. 

Soleure qui n’est pas une grande ville a dû loger une famille syrienne dans une villa avec piscine.

Le problème ici, c’est l’organisation de la commune, ses liens avec les communes voisines, les logements à disposition, car effectivement une situation comme celle-ci n’a pas de sens et ne fait qu’augmenter le ressentiment contre les réfugiés. La commune pourrait louer la villa et utiliser cet argent pour loger des requérants dans d’autres bâtiments. Les autorités doivent aussi chercher des idées créatives.

Il existe un fort lobbying pour l’accueil des Syriens. Or, l’opposition à Assad a décidé de poursuivre le combat malgré la résistance du dictateur, au prix d’innombrables victimes, d’immenses champs de ruines et d’innombrables réfugiés. Est- il légitime que les pays voisins et l’Europe assument ce choix?

L’Europe n’est pas responsable de ce choix, mais c’est tout de même Assad et son régime qui sont responsables de la répression et de la majorité des 200'000 morts dénombrés. Et je ne suis pas persuadée que si l’opposition dans son ensemble fuyait la Syrie, il n’y aurait pas encore des millions de personnes déplacées à l’intérieur, et réfugiées. Actuellement, les Syriens en Europe représentent une infime goutte d’eau. Ce sont les pays voisins comme le Liban, la Jordanie et la Turquie qui accueillent les millions de réfugiés de Syrie. Faire plus en Europe, notamment pour les personnes vulnérables, est légitime.
Je pense qu’on pourrait permettre aux Syriens d’ici d’accueillir de la famille élargie, notamment parce qu’ils les reçoivent chez eux. Avec cet entourage, ces personnes s’intégreront plus facilement. Beaucoup de migrants Syriens disposent de formations, ils sont médecins, enseignants, etc., ce qui favorise l’intégration.

Ils semblent privilégiés. On n’entend pas parler par exemple du camp de Dabab au Kenya, à la frontière somalienne, qui abrite des centaines de milliers de personnes.

On pourrait dire que c’est une sorte de privilège. En même temps, si les Syriens bénéficient d’une admission provisoire, la Suisse ne peut pas les renvoyer. Et le fait qu’ils ont de la famille en Suisse leur permet de s’adapter plus facilement que quelqu’un qui viendrait du camp de Dabab.

Vous parlez de «forteresse Europe». Or, elle a accueilli des dizaines de millions de réfugiés depuis les années 90, elle a développé d’innombrables dispositifs d’intégration, elle a accepté le regroupement familial, ce qui a conduit à une diminution de la migration de travail de 40%  entre 2007 et 2012 dans l’Union européenne. Comment pouvez-vous dénoncer une forteresse?

Je ne suis pas d’accord. Pendant longtemps, l’Europe a pris de nombreuses mesures pour intégrer, reconnaître, octroyer un statut. Aujourd’hui, elle essaie d’abord de se barricader, elle érige des murs avec des barbelés aux frontières de la Bulgarie, de la Turquie, à côté de la Grèce. Elle consacre plus d’argent à mettre sur pied des systèmes de surveillance des frontières qu’à  l’accueil et la prise en charge.

Il ne s’agit pas seulement des arrivées, l’Europe les prend en charge durant des années. Par exemple, la Suisse a accueilli 50'000 Kosovars durant la guerre. Elle ne peut faire ça chaque année. L’intégration est coûteuse et une partie importante de réfugiés ne travaillent pas.

Une très grande majorité des Kosovars sont rentrés volontairement chez eux après la guerre. Tout dépend de la durée des conflits, dont il faut rappeler que c’est le facteur majeur d’augmentation des réfugiés.

La Suisse dégage des moyens financiers pour les camps là-bas, pour les réfugiés ici, pour les projets de développement, pour d’innombrables associations qu’elle subventionne. Personnellement, je me sens insultée par vos discours exclusivement accusateurs et culpabilisateurs. J’aimerais naïvement que vous nous disiez de temps en temps merci.

C’est sans doute parce que vous lisez mal nos communications. Nous avons dit que nous étions très reconnaissants à la Suisse quand elle a annoncé l’accueil de 3000 personnes vulnérables qui viennent de Syrie. Nous avons aussi exprimé notre reconnaissance aux personnes qui ont décidé d’accueillir des requérants chez elles. Il y a une disponibilité de la part de beaucoup de Suisses. Le pays investit beaucoup d’argent pour la prise en charge ici, et dans des camps. C’est exemplaire! Mais face à l’ampleur de la crise, je pense qu’il pourrait faire plus, par exemple en autorisant des Syriens à accueillir des proches.

Des gouvernements et leurs opposants se livrent à des luttes sanglantes; des conflits religieux et des persécutions millénaires s’étendent. Des dirigeant de pays aux riches ressources se fichent éperdument de développer leur pays. Pouvez-vous comprendre que des Européens se lassent d’assumer sans cesse davantage les conséquences de ces agissements?

Je peux le comprendre. Mais il est normal aussi qu’ils n’acceptent pas les bras croisés ce qui se passe. La solidarité avec les personnes qui fuient les persécutions va de pair avec la demande de comptes aux gouvernements. Nous devons mettre sous pression par exemple le gouvernement d’Erythrée, car ce qui se passe là-bas est inacceptable. Nous avons la responsabilité en tant que citoyens de pays libres de nous élever contre ces régimes. Au Conseil des droits de l’homme, la Suisse a récemment fait passer une résolution sur le Sri Lanka d’où viennent encore beaucoup de demandes d’asile. Ça peut avoir un impact sur les migrations.

Beaucoup de citoyens voudraient qu’on leur demande leur avis sur cette question d’immigration. Qu’en pensez-vous ?

En Suisse, on peut nous demander notre avis par initiative ou référendum. Le reste de l’Europe ne connait pas ce système, ce sont donc les élus qui représentent la population et sont censés tenir compte de l’avis de leurs électeurs.

Cette frustration et ces flux non maitrisés conduisent à une résistance croissante. Ne pensez-vous pas que vos discours sont susceptibles d’augmenter la xénophobie?

Non, je pense que les discours que nous tenons sur l’asile sont toujours nuancés. Nous expliquons les causes qui conduisent les gens à prendre des risques. Ce que je trouve irresponsable, c’est de faire des amalgames en considérant par exemple que tous les requérants d’asile sont des dealers, qu’ils sont responsables de tous les maux, de l’augmentation de la délinquance au fait que les trains sont bondés. C’est ce type de discours qui contribue à renforcer la xénophobie.

Le coût d’intégration d’une personne permettrait d’en aider 50 voire, si l’on compte en années d’aide, des centaines sur place. Accueillir une minuscule partie des 53 millions de réfugiés -hors les cas vulnérables – n’est-ce pas une sorte de charité qui s’effectue finalement au détriment de millions de réfugiés?

Vous avez absolument raison. Je l’ai toujours dit: il vaut mieux qu’une personne puisse être prise en charge et accéder à une procédure dans un pays proche du sien plutôt que se retrouver vulnérable, exploitée, prête à entreprendre de dangereux trajet. C’est d’ailleurs pour cela que la Suisse fonctionne avec ces deux piliers: aider à la prise en charge sur place, mais aussi garantir une procédure d’asile qui permette d’obtenir le statut de réfugié.

Nous sommes invités à accueillir à la fois des personnes et des réfugiés économiques, soit des gens qui viennent de Syrie, Erythrée, Maroc, Algérie, Mali, Lybie, Irak, Palestine, Egypte, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Nigéria, Soudan, récemment l’Ukraine, bientôt le Yémen. Et on prévoit l’arrivée de nombreux réfugiés climatiques. N’y a-t-il pas de limites?

Bien sûr! Mais je ne crois pas à une sorte d’accumulation de personnes d’année en année qui resteraient définitivement et seraient incapables de s’en sortir. On voit que les êtres humains sont capables de beaucoup d’adaptation, certains viennent, d’autres repartent. 

L’importation de conflits ethniques, des bagarres racistes sont une réalité dans les prisons et les centres d’hébergement. Récemment, avant même d’aborder, des musulmans ont noyé 13 chrétiens. Par ailleurs, l’hostilité des réfugiés envers nos sociétés augmente. Pensez-vous que l’intégration s’annonce sous de bons auspices?

Non, une intégration ne s’annonce pas bien lorsque les conditions de prise en charge sont difficiles. Dormir dans un abri PC, en être exclu la journée et errer dans la ville est peu propice à l’intégration. Certains cantons logent des gens à la montagne, dans des containers, loin des lieux qui permettraient ne serait-ce qu’acheter une carte de téléphone. C’est pourquoi je pense que le projet-pilote qu’a mis sur pied la Suisse est bon: réunir toutes les personnes sous le même toit, avec un conseil juridique, des soins, la possibilité par exemple d’identifier des personnes souffrant de traumatismes.

La majorité de ces réfugiés sont musulmans, le risque que des terroristes se glissent parmi eux est réel. Par ailleurs, cette présence musulmane croissante cause partout des problèmes, les sondages montrent que les populations lui sont de plus en plus hostiles. Ne peut-on légitimement craindre l’accroissement des fractures, voire l’apparition de conflits sérieux?

Sur la question du terrorisme, on a en Suisse et dans les pays européens un système efficace de vérification. Il est peu probable que des terroristes choisissent la filière de l’asile. Le problème, ce sont plutôt des jeunes d’ici qui se radicalisent et partent faire le jihad. Il peut aussi y avoir un lien entre le fait de quitter son pays et de se recentrer sur une appartenance religieuse, ethnique. Pour l’éviter, il faut qu’il y ait toujours dans la prise en charge des travaux d’occupation, la reconnaissance des réalités vécues, des contacts avec la population. Il faut aussi rappeler qu’une très grande partie des victimes des terroristes sont musulmans, car la majorité des attentats ont lieu dans les pays comme l’Irak, la Syrie ou le Nigeria.

14:27 Publié dans Interview, Politique, Suisse | Tags : manon schick, immigration, mare nostrum | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook | | |

Commentaires

Pour les raisons exposées en cet article on ne peut partager, admettre le point de vue (blâme, quoi qu'elle en dise à peine voilé) de Manon Schick!

Mieux vaut accueillir moins de monde en ayant les moyens de guider ces personnes, de faire le maximum pour elles en vue d'une intégration digne.

Au risque de choquer nous n'avons pas à assumer, nous, l'ignorance, l'irrespect, le refus des dirigeants des états concernés concernés de mettre en pratique la Charte des droits de l'homme (sans oublier la responsabilité de l'enseignement du coran (non revu ni corrigé).

Intolérable, en outre, les diktats de Bruxelles s'arrogeant le droit d'imposer l'accueil du nombre des migrants désappropriant nos pays de leurs libertés: de cette façon on ne saurait bien disposer qui que ce soit.

Gardons-nous de perdre notre neutralité, notre indépendance.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/04/2015

Chère Madame,

Je vous remercie pour cet interview très complète et très franche. Ceci dit, même si vous avez bien entendu le droit d'être choquée par les positions de Mme Schick, je trouve que votre réaction par rapport à la position de la Suisse dans cette question, et spécialement vos commentaires finaux, ressemblent furieusement à ceux d'un/e membre pur/e et dur/e de l'UDC. Ce parti qui justement en Suisse stigmatise les réfugiés et alimentent (très souvent à tort) les peurs de la population suisse, avec pour conséquences la montée de la haine, du racisme et de la xénophobie. Il y a des abus en Suisse au niveau de l'asile, c'est vrai, mais de là à mettre tout le monde dans le même panier, il y a un abîme que l'on ne peut se permettre de franchir. Au niveau de l'accueil des réfugiés, on entend souvent dire, comme vous semblez le faire, que la Suisse est trop peuplée ou trop petite pour accueillir plus de requérants ou réfugiés? Comment expliquez-vous alors qu'un pays comme le Liban (environ 4 millions d'habitants) accueille environ 1 quart de sa population (25 %, soit environ 1 million de réfugiés)?! Je ne prétends pas que la Suisse doive faire de même, loin de là, mais en comparaison, le nombre de réfugiés/requérants accueillis en Suisse (en ne parlant que des Syriens), pays dont la richesse et l'opulence n'est pas à démontrer, est absolument ridicule. Oui, Mme Schick a raison quand elle affirme que la Suisse fait "bien" mais pourrait faire nettement plus et mieux!
Merci de votre attention. Dominique Joris

Écrit par : Dominique Joris | 25/04/2015

Il est aberrant de comparer le Liban avec un pays européen...
Combien coûte un réfugié syrien au Liban et combien en Suisse ? Rien au Liban et un million de francs en Suisse, à vue de nez...

Écrit par : Géo | 25/04/2015

Madame Vallette, je vous remercie d'avoir publié mon commentaire, même s'il était critique à votre égard. C'est le reflet d'un bon esprit de dialogue et de démocratie. A ce propos, je vous dois (ainsi qu'à vos lecteurs) une correction. Je maintiens dans son ensemble mon point de vue. Par contre je vous ai faussement attribué les "... commentaires finaux" auxquels je fais mention. Ces commentaires reflétaient le point de vue d'une lectrice, Mme Myriam Belakovsky (1er commentaire à ce blog, voir ci-dessus).
Mes excuses à ce sujet à vous et vos lecteurs. Cordialement. D. Joris

Écrit par : Dominique Joris | 27/04/2015

A Mme ou M.(?) Géo

C'est absurde ce que vous écrivez!
Pour ne prendre qu'un exemple, la nourriture distribuée aux réfugiés au Liban ne coûterait rien? Et l'eau, cela ne coûte rien? et l'électricité utilisée dans les camps de réfugiés sur place au Liban ou dans d'autres pays limitrophes? rien non plus? et les soins médicaux? et la gestion de ces camps (administration, personnel, sécurité...). Il y a forcément un coût, qui est certainement loin d'être négligeable. Prétendre ainsi que cela ne coûte pas un sous aux autorités du Liban (sans parler des familles privées d'accueil), est incorrect.
Quant aux coûts en Suisse, je ne peux me prononcer. Ceci dit, le chiffre de "1 million" que vous avancez (par réfugié, selon votre phrase) me paraît exagéré. Je conçois qu'en Suisse le coût serait de toute façon plus élevé qu'au Liban. Mais cela n'empêcherait certainement pas la Suisse d'en faire plus pour ces réfugiés de l'urgence et de l'horreur, comme l'affirme Mme Schick dans son interview.

Écrit par : Dominique Joris | 27/04/2015

"A Mme ou M.(?) Géo"

Vous ne devez pas fréquenter beaucoup ces blog. C'est Mme Géo. Géo n'est qu'un pseudonyme évidemment. Vous pouvez l'appeler Brigitte si vous préférez.

Écrit par : Fatoumata Gilliéron | 27/04/2015

Dominique Joris@ Au Liban, le HCR prend en charge les camps de réfugiés, eau et électricité compris. Pots de vin aux autorités pour qu'ils tolèrent ces camps aussi...
Maintenant, regardez un peu les choses autrement qu'avec vos lunettes de subjectivité*. Il y a trois aspects à considérer :
- L'Europe, qui n'a pas besoin de cette main d'oeuvre non-qualifiée
- Des Africains qui commettent une grosse erreur en suivant la trace de leurs pères. Ces centaines de millions donnés aux mafias de trafiquants seraient beaucoup mieux investis sur place. Ce sont les plus riches qui viennent ici, ne l'oubliez pas...
- Des truands ou des jihadistes qui les prennent en otage, pour déstabiliser l'Europe ou pour leur propre intérêt.

Ceux qui viennent ici sont des privilégiés. L'argent qu'il faut dépenser ici pour les accueillir serait beaucoup mieux utilisé sur place. Je parle des Syriens au Liban ou en Turquie, pas des Africains :
La revue "Un seul monde", l'organe de la DDC (Direction pour le développement et la coopération suisse)de mars 2008 dans l'éditorial "Périscope" indiquait:
"Entre 1990 et 2005, les guerres ont coûté à l'Afrique l'équivalent de quelque 353 milliards de francs. Ce montant comprend les coûts directs des conflits (...) Il correspond à peu près au volume de l'aide internationale attribuée au continent noir durant cette même période."

Au Liban ou en Turquie, il faut drastiquement améliorer les camps, y créer des hôpitaux, des écoles etc, QUI SERAIENT PROFITABLES A TOUS et non à la seule élite syrienne qui a les moyens de se payer le voyage vers l'Europe.

*A relire : http://www.politique-autrement.org/Max-WEBER-L-ethique-de-responsabilite-et-l-ethique-de-conviction

Écrit par : Géo | 27/04/2015

Mme ou M. Géo

Merci de votre contribution. Tout d'abord j'apprécierais de connaître votre vrai nom pour savoir à qui je réponds. Ensuite pour répondre à vos arguments, voici les miens en retour:

- Si c'est le HCR qui prend en charge ces camps, cela veut donc bien dire qu'ils ont un coût. Le HCR ne vit pas d'amour et d'eau fraîche à ce que je sache, mais certainement de la contribution de tous ses pays membres.

- "L'Europe … n'a pas besoin de cette main d'œuvre non qualifiée". Ce n'est pas si sûr. Et c'est ce qu'on disait précédemment par rapport aux "anciennes" vagues de migrants (italiens, espagnols, sud-américains, tamouls, turcs, ex-yougoslaves, etc…), alors que nombre de travaux pénibles ici sont exécutés par cette "main d'œuvre non qualifiée".

- "Ces centaines de millions donnés aux mafias de trafiquants seraient beaucoup mieux investis sur place": sur ce point-là je vous donne entièrement raison et c'est un problème grave à combattre.

- "Ce sont les plus riches qui viennent ici…". Ici à nouveau je n'en suis pas si certain. Car ceux qui peuvent se permettre un tel voyage doivent souvent s'endetter fortement…. et en auront pour des années, voire une vie entière à devoir rembourser leur voyage, pour autant qu'ils trouvent un travail. Peut-être pas ceux en provenance de familles aisées, mais beaucoup d'autres certainement.

- Ceux qui viennent ici sont des privilégiés (en parlant des Syriens). Certains oui (au niveau financier), j'en conviens, mais allez dire aux familles qui ont vécu l'horreur des bombardements quotidiens d'Aleppo ou d'autres villes et qui cherchent simplement à fuir l'enfer de la guerre avec leurs familles s'ils sont "privilégiés"! Peu importe qu'ils aient un peu plus d'argent que les autres. Pour ceux qui y sont pris au piège, les horreurs de la guerre sont les mêmes pour tous. Ces gens sont les premiers qui désireraient rester chez eux. Croyez-vous qu'ils quittent leur pays de gaieté de cœur?

- "Des truands ou des djihadistes qui les prennent en otage, pour déstabiliser l'Europe ou pour leur propre intérêt": sur ce point aussi, vous avez malheureusement également raison, il faut régler ce problème (même si lesdits djihadistes ne constituent pas la majorité des migrants).

- Enfin, "l'argent qu'il faut dépenser ici pour les accueillir serait beaucoup mieux utilisé sur place" (en parlant des Syriens au Liban ou en Turquie) ou " Au Liban ou en Turquie, il faut drastiquement améliorer les camps, y créer des hôpitaux, des écoles, etc.". C'est en effet tellement plus facile de dire aux autres pays de faire ce que l'on ne veut pas faire chez nous! ou autrement dit "not in my back yard" (pas dans mon propre jardin!).

Je terminerais en ajoutant ceci: beaucoup de choses sont à améliorer dans ces pays, vous avez entièrement raison, afin que les gens préfèrent rester chez eux plutôt que de choisir l'exil (politique ou économique). Et investir dans ce but est tout à fait sensé. Mais en attendant, et pour faire face, ne serait-ce que temporairement - à des situations de guerre tragiques qui jettent des millions de gens sur les routes, on (la Suisse y compris) peut certainement faire mieux et plus (sans pour autant accueillir toute la misère du monde, ce n'est pas ce qu'on lui demande).

Écrit par : Dominique Joris | 28/04/2015

1. Sur mon pseudo : dans "Directories", il y a 32 personnes portant le même nom que moi. Permettez que je ne les mette pas en cause inutilement.
2. On ne vous convaincra pas. Je vous invite à la lecture de ce texte de Max Weber*:
" Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction, que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi."

Par exemple, tous vos commentaires :
- si c'est le HCR qui paie, ce n'est pas le Liban. Plus probablement la Suisse et d'autres...
- "L'Europe … n'a pas besoin de cette main d'œuvre non qualifiée". Ce n'est pas si sûr." Cela a été dit clairement par un spécialiste dans l'émission "Haute définition" récemment. Autrement, on est dans l'idéologie pure et la vôtre ne m'intéresse pas.
- "Ce sont les plus riches qui viennent ici…". Ici à nouveau je n'en suis pas si certain. Car ceux qui peuvent se permettre un tel voyage doivent souvent s'endetter fortement…" Et qui leur prêterait de l'argent ? Ridicule !
- "Pour ceux qui y sont pris au piège, les horreurs de la guerre sont les mêmes pour tous." Raison de plus pour s'occuper de tous, en Turquie ou au Liban.
- "C'est en effet tellement plus facile de dire aux autres pays de faire ce que l'on ne veut pas faire chez nous!" J'ai travaillé comme coordinateur sanitaire en Jordanie lors de la 1ère guerre du Golfe. Les camps de réfugiés sont de véritables villes et s'il y a de la place dans le désert jordanien, je les vois mal sur le plateau suisse. Vous pensez que le peuple suisse sera d'accord de sacrifier ses dernières terres ?
- Prouvez-moi que Dominique Joris n'est pas un pseudo ?
* Je vous recommande vivement la lecture de ce texte :
http://www.politique-autrement.org/Max-WEBER-L-ethique-de-responsabilite-et-l-ethique-de-conviction

Écrit par : Géo | 28/04/2015

Voici le lien pour "Haute définition" :
http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/haute-definition/
Enfin quelqu'un qui donne un discours sortant de la bouillabaisse pseudo-humaniste...

Écrit par : Géo | 28/04/2015

Vu les post ailleurs, c'est probablement le Géo de Lausanne.

Écrit par : Farux | 28/04/2015

Dominique Joris, en quoi débattre avec une personne censée, même sous pseudo, comme "Géo", vous dérange-t-il ?
Vous voulez lui faire un procès ?
Géo et moi, partageons depuis de nombreuses années le même avis sur bon nombre de sujets.
Dès lors, je vous propose de vous en prendre à moi, n'écrivant pas sous pseudo.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 28/04/2015

Dominique Joris, vous déclarez :

"Il y a des abus en Suisse au niveau de l'asile, c'est vrai...
Merci de votre attention. Dominique Joris
Écrit par : Dominique Joris | 25/04/2015"

Génial !
Pour une fois que quelqu'un le reconnait publiquement, cela fait plaisir à lire.
Ce que j'aimerais, c'est vous voir développer votre raisonnement et aller jusqu'à en faire une liste de ceux qui ont fui des guerres et qu'après la fin du conflit, sont quand même restés ici.

Pour la bonne forme, je commence :
1. L'ex-Yougoslavie, qui a vu naître sur territoire européen, le premier pays musulman, le Kosovo, que madame Micheline Calmy-Rey s'est empressée de reconnaitre, pour que les kosovars obtiennent un passeport, grâce auquel, elle pensait naïvement que les détenteurs allaient rentrer chez eux.

à vous de continuer la liste.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 28/04/2015

Monsieur ou Madame (?) Géo, (vu que vous refusez toujours de donner votre identité),

Le nom et prénom que j'ai donné sont les miens tout simplement. Je ne suis pas sur l'annuaire, mais vous pouvez m'envoyer un courrier sans problème chez moi à Nyon, (ch. du Cossy 9), je vous réponds volontiers (si vous mettez vos coordonnées de retour bien entendu)...

Je vais en rester là, vu que nos positions tournent rond, on pourrait continuer les arguments et contre-arguments pendant des semaines. Si mon point de vue est idéologique, le vôtre l'est certainement tout autant.

J'ai également travaillé par le passé dans des pays en guerre, et je ne crois pas parler de ces sujets en complet néophyte.

Bonne suite à vous, et merci à Mme Vallette, auteur de ce blog, de nous avoir laissés nous exprimer.

cordialement

Écrit par : Dominique Joris | 28/04/2015

Quand Manuel Carlos Valls parle d'islamofascisme, personne ne s'en offusque.
Par contre, contre le pauvre Estrosi, maire de Nice, toute la classe politique se lève comme un seul homme pour dénoncer son affirmation quant à la troisième guerre mondiale et cinquième colonne islamiste.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 28/04/2015

"une liste de ceux qui ont fui des guerres et qu'après la fin du conflit, sont quand même restés ici."

On pourrait aussi faire une liste des étrangers qui sont venus de pays même pas en guerre (comme la Roumanie) pour profiter des aides sociales suisses (comme certains Popescu, Niculescu, que je ne nommerai pas), et qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Écrit par : Patatra | 28/04/2015

"Monsieur ou Madame (?) Géo" Monsieur ou Madame Dominique Joris, en quoi le fait que je sois un homme ou une femme a-t-il de l'importance ? Curieux que ce soit précisément une personne au prénom indéterminé qui insiste tellement lourdement sur cette question...

Écrit par : Géo | 28/04/2015

Mais faites donc Patatra.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 28/04/2015

Merci à Mireille Vallette de voir la situation et les dangers mieux que n'importe qui. Les derniers temps j'ai écrit de douzaines de lettres au sujet de l'immigration. Voici une à J-C Juncker, President de la Commission européenne:
18.5.15 Monsieur le President,

On a entendu que vous voulez que l'Europe accepte 20,000 syriens. Ca n'est pas la solution au problèmes de réfugiés et migrants. Probablement au moins 3 milliards de personnes dans le monde ont de bonnes raisons pour quitter leurs pays, soit la violence, ou l'injustice ou la pauvreté, mais on ne peut pas les accepter tous en Europe. Ainsi il faut trouver d'autres solutions. Cependant, il faut faire exception pour les chrétiens qui sont persécutés dans tous les pays musulmans et qui subissent un génocide dans plusieurs.
Au sujet de tous les réfugiés et migrants qui viennent en Europe à travers la Méditerranée, plus de 200,000 l’année passée, il faut trouver un moyen de mettre un terme à cette pratique. Outre leur nombre toujours croissant, les passeurs prennent avantage de ces gens, ils demandent des sommes exorbitants et les mettent dans des bateaux surchargés puis les abandonnent pour qu’ils se noient. En plus il y a un nouveau danger : beaucoup de membres de l’Etat islamique (EI) en Lybie, d’où viennent en général les bateaux, arrivent maintenant mêlés aux réfugiés. Plusieurs ont déjà dit qu’ils voulaient détruire Rome. Il y a quelques semaines ils ont jeté dans la mer douze chrétiens. Il faudrait répandre l’information par les ambassades et consulats européens dans les pays d’origine que venir en Europe par la Méditerranée est illégal et qu’ils vont être renvoyés toute de suite.
En tout cas, la Convention des Nations Unies sur les réfugiés fut établie après la Seconde guerre mondiale pour les réfugiés de l’Europe de l’est et non pas pour accueillir tous les réfugiés et migrants de tous les continents. Ce qui se passe en Afrique et au Moyen orient n'est pas un problème européen mais la responsabilité de l'Union africaine, la Ligue arabe, et les pays de la région.
En 2005 la Division de protection internationale du Haut Commissariat de
l’ONU pour les réfugiés (HCR) avait proposé comme solution temporaire
l’établissement de camps en Afrique du nord, mais les gouvernements concernés avaient refusé. Il faudrait reprendre cette idée. Il faudrait aussi établir des camps au Moyen orient et à la frontière de la Turquie avec la Grèce et la Bulgarie pour accueillir les réfugiés. J’ai écrit au Haut Commissaire du HCR le 5 mars avec ces idées.
Cela nous amène à une réalité troublante, c'est-à-dire que la plupart de réfugiés venant en Europe les dernières années sont des musulmans. Il y en a déjà 33 millions en Europe, qui souvent ne s’intègrent pas, se plaignent et exigent toujours davantage, puis beaucoup deviennent des terroristes. En plus ils commettent la plupart des crimes. S’ils sont acceptés, ils font venir toute leur famille et en plus trouvent des conjoints pour leurs enfants dans leurs pays d’origine, qui à leur tour font venir toute leur famille. Leurs livres « sacrés », le Coran et les Hadiths, leur commandent de « tuer les infidèles », c'est-à-dire les non-musulmans ou ceux des autres branches (au moins 109 fois dans le Coran) et à islamiser le pays où ils vivent et puis le monde. Si cela continue, l’Europe sera musulmane dans 30 ans et la grande civilisation européenne sera anéantie. Nous retourneront au Moyen Age.
Plusieurs livres ont été écrits à ce sujet : Mark Steyn, « Europe is
Finished » où il donne comme raison nos lois humanitaires stupides qui mènent à notre autodestruction. Eric Zemmour a publié son livre « La suicide de la France » sur le même sujet en janvier. Michel Houellebecq a publié « Soumission » sur une Europe islamisée.
Il y a 57 pays musulmans dans le monde où les réfugiés et migrants musulmans seront plus contents avec leurs minarets et les lois Sharia. Par exemple, il y a le pays immense et riche d’Arabie saoudite qui n’a pas accueilli de réfugiés, et les Emirats arabes non plus. Ils devraient aussi aider les Rohingyas persécutés en Birmanie qui sont musulmans. Il y en a de centaines qui sont dans des bateaux dans la mer depuis des mois, rejetés par l'Indonésie et la Thailande.
Par contre, l'Europe peut aider avec de projets de développement dans le
monde.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération,
Livia Varju, écrivaine, traductrice, activiste
PS, Je suis de langue anglaise, veuillez excuser mes fautes de français.

Écrit par : Livia Varju | 25/05/2015

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