26/03/2017

La crise du mariage en islam fait-elle avancer l’égalité ?

Les mœurs se relâchent et les divorces se multiplient dans les communautés musulmanes. Des prédicateurs connus pour leur radicalisme tentent l'ouverture. D’autres restent scotchés aux textes.


«La meilleure des communautés» découvre qu’elle n’échappe pas au sort commun: mariages tardifs, divorces et célibat sont en hausse. Désormais, imams, formateurs et thérapeutes hantent les centres islamiques afin de tenter de limiter les dégâts.

J’ai remarqué cette préoccupation en faisant une recherche sur le très radical Nabil Ennasri. Le visionnement de vidéos d’autres de ces faiseurs d’opinion, très suivis et que l’on connait surtout par des discours destinés à susciter la révolte de leurs troupes contre nos sociétés, m’a fait découvrir des discours étonnants.

Certains prônent une (presque) parfaite égalité entre hommes et femmes. Droits, devoirs, virginité (de moins en moins obligatoire), infidélité (de moins en moins grave), droit égal aux études et à l’emploi, etc. Pas de blâme de la conjointe sans préciser que l’exemple vaut aussi pour le conjoint. La répudiation s’est définitivement muée en «divorce» et il est accessible aux deux sexes. La doctrine classique est oubliée. Les orateurs justifient néanmoins leur nouvelle approche en puisant dans la grande bassine à hadiths qui permet de dire tout et son contraire, voire d’inventer ici ou là.

L’adultère et les relations sexuelles avant le mariage, punis du fouet et de la lapidation dans les textes, deviennent banalement «haram» et s’effacent facilement moyennant le retour sur la bonne voie. Nulle mention de la polygamie, rarement de la dot. Et pas d’injonction à utiliser sa femme comme un champ de labour.

Reste l’obligation majeure: le sexe doit être pratiqué dans une relation licite, le mariage. Et désormais LES mariages.

 

Dans «Divorce et familles récomposées», le formateur Hassan Iquioussen est d’une modernité époustouflante! Il se lance dans un plaidoyer pour le divorce et même à un moment donné pour des relations hors mariages (il est remis à l’ordre par une vigilante auditrice). On a pourtant souvent entendu que ces séparations sont très peu goûtées par Mahomet. Iquioussen change d’optique. «Les compagnons du prophète divorçaient, et même à tirelarigot! Ils divorçaient pour un oui ou pour un non. Ils se prenaient pas la tête: «Ça va pas? Salut, on arrête les hostilités, rentre chez ton père (sic !)». Hassan, le petit-fils du prophète, il parait qu’il a eu 80 femmes dans sa vie. Divorce, mariage, divorce…» Et si son public est choqué, il a bien tort, suggère-t-il. Après tout, «c’est pas la fin du monde, un divorce», il doit même «être une occasion de faire la fête.»

L’égalité a ses limites. Dans un enregistrement audio, Iquioussen s’indigne que seuls des hommes assistent à sa conférence, d’autant qu’il y a plein de places à l’arrière. Et d’expliquer: «Le prophète a dit: le meilleur des rangs pour les hommes, c’est le premier. Le pire c’est le dernier. Le meilleur des rangs pour les femmes, c’est le dernier, le pire c’est le premier.» Il a aussi publié une conférence avertissant des «dangers de la mixité».

Ali Habibbi ,«psycho praticien, thérapeute de couple, sexologue et addictologue», chasse le client dans des mosquées radicales. L’égalité dans le couple est un credo. «Des femmes ont eu des rapports avant le mariage. La réaction de certains frères et des hommes en général, c’est qu’elle est forcément une mauvaise femme. (…) Ça ne les empêche pas eux d’avoir vécu la même chose. Mais quand un homme a eu des rapports avant le mariage c’est super ! (…) L’acte est blâmable pour les deux. Vous n’avez pas à juger.»

Ces experts ont enfin découvert qu’«on ne peut prouver la virginité ni d’une femme ni d’un homme». L’obligation d’afficher un drap taché le lendemain de la noce, dit Habibbi, n’est que «barbarie», étrangère à l’islam. Mais -c'est moi qui commente- pratiquée par l’islam depuis des siècles, elle a fait des dizaines de milliers de victimes, répudiées par ignorance.

Sur la virginité, Habibbi va loin. Cette obligation est un phénomène culturel, pas religieux. Ce ne sont plus les relations avant le mariage qui posent problème, c’est le mensonge. Dire qu’on est vierge ou puceau à son promis alors que ce n’est pas vrai, c’est «un motif d’annulation du mariage».

Rachid Haddach est au diapason. Il observe que des jeunes hommes (l’orateur utilise l’intéressante expression «musulmans de souche») découvrent les joies de la chair avant le mariage. Et certains de ces dévergondés «voudraient que celle qu’ils épousent soit vierge. Incroyable! (...) Et des jeunes ne savent pas comment fonctionne une fille… Des filles aussi se dévergondent. Je leur dis: stop! stop! Le minimum est de se nettoyer…» Haddad nous apprend aussi que certaines musulmanes ne veulent pas épouser des Arabes, «car ils sont violents».

Mahomet est vraiment très fort. Il a tout prévu, tout vécu. Par exemple, lors de sa première nuit avec une nouvelle épouse, il mettait la main sur son front et faisait une prière. Ensuite il consommait «avec des préliminaires. Le prophète a fortement recommandé les préliminaires!»

En islam comme ailleurs… et plus qu’ailleurs

L’ami du Qatar Nabil Ennasri  pose un diagnostic «dans le cadre islamique», en réalité dans le cadre le plus mécréant qui soit. Il affirme en ouverture qu’il va vulgariser ce que disent le Conseil européen de la fatwa et sa cinquantaine d’oulémas, de même que l’institut de formation de Château-Chinon, deux organismes de Frères musulmans liés au fanatique Al-Qaradawi dont il est un grand admirateur. Mais après avoir fait sa révérence, il les oublie au profit de sociologues et démographes contemporains, Emmanuel Todd, Youssef Courbage, François de Singly.

Ennasri a découvert que le taux de fécondité, «et c’est universel», diminue parallèlement au taux d’éducation et à la maitrise de la procréation. Or, chez les musulmans aussi, et peut-être davantage encore que chez les infidèles, de nombreuses femmes sont plus diplômées que les hommes. «Le taux de femmes d’origine maghrébine qui entrent à l’uni est de 20 points supérieur à celui des hommes». Les filles considèrent l’éducation comme «une planche de salut. Elles peuvent s’éduquer, s’émanciper, et sortir d’une forme de carcan.»

Le phénomène n’est pas sans conséquences: «L’homme a peur d’une femme plus éduquée que lui. Il la veut d’un niveau social inférieur au sien (…) et c’est encore plus vrai pour les hommes d’origine arabo-africaine (…) Les hommes se tournent vers des femmes moins diplômées, qui correspondent à la femme-mère», celle qui accepte d’avoir pour unique horizon l’essor du peuple des croyants. Ou alors, précise Ennasri, ces hommes épousent des non-musulmanes ou encore vont chercher chaussure à leur pied «au bled». Si l’on ajoute qu’une longue formation conduit de nombreuses musulmanes à rester célibataires et aux deux sexes à ne rejoindre le marché matrimonial que vers 27-28 ans, l’offre décline.

D’autres fléaux similaires à ceux qui frappent les incrédules s’ajoutent à ce paysage, cités par Ali Habibbi : «La plupart des parents ont complètement démissionné», et même s’ils sont à la hauteur, bien des enfants «ne les écoutent plus».

Quels antidotes à ces maux? Dur-dur! Soigner le casting du promis ou de la promise, demander l’avis des parents, voire des «grands savants», ne pas fuir au premier conflit. Et pour Habibbi,  se marier jeune, même sans ressources. Avec cet argument surréaliste: «Ne pas oublier que ce ne sont pas vos clients, ce n’est pas votre patron qui vous donnent de l’argent, c’est Allah! Si vous voulez vous marier à 20 ans, il ne vous abandonnera pas. On peut très bien étudier et être marié.»

Le célibat, proscrit en islam, est vivement combattu au prétexte que la personne souffre terriblement. «Les tentations sont majeures. Nous vivons dans une société hypersexualisée (…) Tout est fait pour vous provoquer, vous pousser soit à la perversion, soit au déclin de votre âme. Les célibataires subissent cela toute la journée. Il faut résister ensemble, seul c’est très difficile. La tentation est si puissante, c’est difficile de résister même pour les personnes mariées.»

Quelles solutions? Les orateurs sont à la peine.

Aucun ne remet en question la ségrégation sexuelle des mosquées, pourtant assez peu efficace si l’on en croit ce qui précède. Et le foulard reste pour tous une obligation religieuse. Il faut bien que la conquête culturelle se manifeste quelque part.

Reste une impression positive, celle que sur ce coup-là, beaucoup de filles formées à l’égalité occidentale n’ingurgitent plus si facilement le traditionnel sexisme. Et pouvoir divorcer facilement séduit aussi les hommes.

Entre études longues, volonté d’occuper des emplois rémunérateurs et coût des pensions alimentaires, la fécondité musulmane pourrait bien être freinée.

Dans ce domaine des mœurs, il existe encore des orateurs camés aux textes, qui atteignent des scores de visites stratosphériques. Le salafiste Naber Abou Anas en est un. Dans une de ses interventions (300'000 visiteurs), il prône tout plein de gentillesses à l’égard de l’épouse. Mais ses autres vidéos le montrent en pleine marinade sexiste. 

«J’ai entendu -de mes propres oreilles!- un jeune dire qu’il avait des rapports avec sa femme durant ses menstrues.» C’est l’occasion pour l’imam de conforter l’interdit par les «preuves scientifiques» d'aujourd’hui: des transmissions d’infections sexuelles et des blessures au pénis. Et de conclure: «Notre religion, elle a devancé leurs découvertes, elle a devancé la médecine depuis 1400 ans! On n’a rien à apprendre de chez eux, on a tout à leur enseigner!»

Comment des centaines de milliers de musulmans éduqués dans nos sociétés, peuvent-ils avaler cette ratatouille? Et s’ils l’avalent, pourquoi ne goberaient-ils pas aussi l’appel au rejet des non-musulmans, la nostalgie de l’esclavage, la nécessité de répandre cette religion sur la planète... le djihad? La radicalisation ne commence-t-elle pas là? Comment se fait-il que des Nadas, Rachid Abou Houdeyfa ou Mehdi Kabir et bien d’autres (voir par exemple ici) puissent librement radicaliser leurs troupes?

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Nader Abou Anas et Ali Habibbi

Allez, un dernier verre de misogynie pour la route. La “législation sublime et complète” de sa religion enseigne à Adas ce que doit être “Le vêtement de la femme” (115 000 vues).

«Ma sœur en islam, tu es un trésor, tu es un bijou… Mais tu n’as pas à vivre comme tu le veux, mais comme Allah le veut.» Haro sur les habits serrés, courts, colorés, sur le maquillage et les brushings. Pour sortir, elle doit être moche. «Par tes vêtements, tu peux attirer les hommes et on sait très bien que les hommes sont très fragiles… La femme ne doit pas être attirante.» L’homme fragile est néanmoins le chef de famille, rappelle-t-il, et son épouse doit le servir et lui obéir.

«Ma sœur, tu dois porter le hijab (…) Le cou, les cheveux, les oreilles, on ne doit rien voir (…) Le hijab, c’est l’ensemble du vêtement et il doit être ample. … Le prophète il a dit qu’il a vu en enfer des femmes mi-nues, mi-vêtues.»

Le parfum fait d’elle "une fornicatrice". Il attire aussi les hommes, ce qui est très risqué. «Toi tu es simple, humble, précieuse, discrète. Sinon tu seras la cause d’un péché.»

Et pour terminer, une minute de réflexion sur cette énigmatique déclaration du prophète: «Quatre sont des traditions des Messagers: le henné, le parfum, le cure-dent et le mariage.»



10:21 Publié dans Air du temps, Voile, niqab, etc. | Tags : iquioussen, ennasri, anas, habibbi, mariage, divorce | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

L'ISLAM ? Incurable...

Écrit par : Philippe Boehler | 26/03/2017

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"Notre religion, elle a devancé leurs découvertes, elle a devancé la médecine depuis 1400 ans! On n’a rien à apprendre de chez eux, on a tout à leur enseigner!"
et
"Le prophète a fortement recommandé les préliminaires!"
C'est bien connu, l'islam a engendré de grands savants, de grands féministes, de grands humanistes... Et cette idée d'un "islam qui a toujours raison" est cultivée par certains responsables européens qui ainsi flattent les musulmans et les maintiennent dans un infantile complexe de supériorité. C'est bien commode, de pouvoir dire par exemple "Les femmes ont le droit de faire ceci ou cela parce que Mahomet l'a dit, ou parce que l'imam l'a dit, ou parce que le Coran n'a pas prévu ce cas de figure." C'est bien commode, mais c'est irresponsable. Ce qu'il faudrait dire, c'est: "Les femmes ont le droit de faire ceci ou cela parce que ici, en Europe, c'est comme ça que ça se passe."

Écrit par : Laurence | 27/03/2017

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Bonjour,

Vous vous êtes bien documentés.
Et du point de vue général?

Écrit par : CHAMRAR | 27/03/2017

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"Vous vous êtes bien documentés.
Et du point de vue général?"
Quel "point de vue général"? Quel est le sens de cette étrange question?

Écrit par : Normandy | 27/03/2017

"La crise du mariage en islam fait-elle avancer l’égalité ?"
Evidemment non! Seules les musulmanes elles-mêmes peuvent le faire, en se délivrant de l'aliénation que le dogme engendre et en se distançant des pseudo-féministes gauchistes, idiotes utiles du machisme islamique.

Écrit par : Normandy | 27/03/2017

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"Or, chez les musulmans aussi, et peut-être davantage encore que chez les infidèles, de nombreuses femmes sont plus diplômées que les hommes. «Le taux de femmes d’origine maghrébine qui entrent à l’uni est de 20 points supérieur à celui des hommes». Les filles considèrent l’éducation comme «une planche de salut. Elles peuvent s’éduquer, s’émanciper, et sortir d’une forme de carcan.»".

C'est probablement là que réside l'espoir d'une évolution: l'accès des femmes musulmanes aux études supérieures et aux postes à responsabilité.

Écrit par : Mario Jelmini | 27/03/2017

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De qui parlez vous quand vous parlez "d'infidèles" cher monsieur????? Dans l'islam les femmes sont en tout point exemplaire, elles font tout et elles sont en plus méprisées!

Écrit par : Degoumois Dominique | 28/03/2017

L'islam repose sur le bouquin "coran" non révélé. Ecrit par des hommes pour le privilège et le petit sexe des hommes, (en aucun cas pour la dignité et la Liberté ou l'égalité des femmes) ce coran doit aller droit au musée car il faudra bien en finir avec cet islam en Occident.

https://oumma.com/tunisie-associations-appellent-a-femmes-tunisiennes-puissent-epouser-non-musulmans/

-- Musulman, pourquoi un européen ne peut se marier avec une musulmane ou avec obligation qu'il se convertisse à ton concept aux croyances pourries ?

Les collabos devraient aussi se poser cette simple question, ça leur ouvrirait les yeux, et ainsi, leur cerveau pourrait enfin développer le sujet.

les musulmanes doivent se révolter et s'écarter de ces mâles despotes et menteurs des millions d'hommes européens vous attendent, avec une autre vie, plus de Libertés etc. Une femme intelligente et instruite doit se révolter.

Écrit par : Pierre NOËL | 31/03/2017

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