30/09/2017

Suisse-Bosnie: tours et détours

Cette excellente vidéo signée Dominique Bianchi rappelle qu'un mauvais vent islamiste souffle sur la Bosnie Herzégovine. Ses relations avec la Suisse ressemblent parfois à un poker-menteur.


 

 

Le chômage touche 54% des jeunes de Bosnie-Herzégovine, les disparités sociales et économiques augmentent.  La moitié de la population souffre de diverses formes de discriminations. La Suisse fournit une aide politico-économique au pays.

kavazovic.jpgLe grand mufti du pays, Hussein Kavazovic, proclame un islam d’ouverture, il est notamment très attaché et à l’égalité entre religions. Mais son pays a un besoin permanent de fonds. Cette nécessité le pousse à ne pas faire la fine bouche sur l’origine des aides. Et à donner des gages aux uns et aux autres. Les États du Golfe se montrent, on le voit dans la vidéo, fort généreux. La Turquie est devenu un allié précieux dans le domaine économique comme religieux.

En février 2015, c’est avec l’Arabie saoudite que Kavazovic a signé un vaste accord de coopération… où l’on se promet  qu’on coopérera dans toutes sortes d’activités liées à l’islam.

Kavazovic_Et-Turki_accord.jpg

 Signature de l'accord avec le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale en 2015 à La Mecque.

Une autre découverte nous apprend que le mufti est un faux ami de l’égalité. Dame, on ne quitte pas facilement les fondamentaux de l’islam. Il regrette que la laïcité soit aussi pleine et entière en Bosnie-Herzégovine, il aimerait bien la réduire un peu. Et ceci dans l’un des domaines les plus discriminatoires du droit islamique (la spécialité du mufti), la famille. Le journaliste qui l’interviewe lui demande alors s’il souhaiterait «l’application de la sharî‘a en ce qui concerne le code du statut personnel». Kavazovic rappelle que ce statut a été appliquée jusqu’en 1946. «Si nous voulons vraiment la liberté, à notre avis, ce serait bien que certains éléments religieux soient introduits dans les lois qui réglementent la famille.» Pourtant, la discrimination bat déjà son plein si l'on en croit nos autorités. Ses services financent divers projets «avec une attention particulière pour les groupes défavorisés, tels que les femmes».

Égalité oblige: les chrétiens pourraient introduire leur propre vision de la famille dans le droit.

La réconciliation avec les ennemis d’hier n’est pas encore au programme. Le mufti a eu quelques propos fort peu diplomatiques à propos des Serbes lors d’une visite au gouvernement suisse en 2016. Il voyait deux options à leur conflit: soit les Bosniaques confirmaient par vote leur souveraineté sur la Bosnie-Herzégovine, soit le sang allait couler tous les 20 ou 30 ans. Mais, ajouta-t-il, il  est bon pour les Bosniaques de se défendre contre les Serbes «avec des tombes».

Mais le voici enfile son turban d’ouverture en mai de cette année. Il a invité un religieux suisse à Sarajevo : Gottfried Locher, chef des Églises protestantes de Suisse et président du Conseil suisse des religions.

L’objectif: signer une déclaration d’adhésion aux institutions et valeurs suisses. Le président de la Bosnie Bakir Izetbegovic assiste à l’événement. Le document affirme que «les musulmans bosniaques» sont attachés aux valeurs de la Suisse, soutiennent la liberté de choisir sa religion, sont acquis à la démocratie, respectent l’Etat de droit et l'égalité des droits entre hommes et femmes. Le tout «à l'image de ce qui se pratique en Suisse». Et elle condamne bien sûr le terrorisme motivé par la religion. Mais le document a été âprement discuté, ce qui suggère que ces belles déclarations masquent quelques subtiles résistances. 

Locher, personnalité par ailleurs courageuse (il s'est dit en faveur de l’interdiction de la burqa) pense-t-il que les musulmans bosniaques de Suisse sont forcément dépendants, dans leurs choix politico-religieux, de leurs pays d’origine (ou de celui de leurs parents)? Que le mufti de Sarajevo est leur guide spirituel? Comme le remarque Frank A, Meyer dans le Blick: « …organisera-t-on des négociations à New Delhi, pour savoir si des Indiens immigrants en Suisse, bouddhiste ou hindous, doivent suivre les lois suisses? Ou bien à Pékin, pour savoir si les Chinois vivant en Suisse doivent respecter le droit suisse? »

En moins étrange, mais dérangeant tout de même, les deux principales fédérations albanaises  du pays, la Communauté musulmane albanaise de Suisse et l'Union des imams albanais de Suisse (UIAS) ont signé une déclaration du même genre deux mois plus tôt. Les déclarations, c’est très à la mode et ça ne mange pas de pain. Une enquête avait fait état peu de temps auparavant des liens étroits de l’UIAS avec le wahhabisme saoudien. Il fallait se refaire une vertu. Cette charte a été signée en présence de représentants des autorités suisses et des trois pays concernés, Kosovo, Albanie et Macédoine. En vertu aussi de la dépendance des musulmans albanais de Suisse et de leurs descendants aux pays d’origine?

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Déclaration des fédérations albanaises en mars 2016. Au centre: l'ex-ambassadeur du Kosovo à Berne.

L’invitation de Kavazovic pourrait bien être tout simplement un des moyens de plaire à la riche Helvétie. Il a d’ailleurs exprimé lors de la signature son inquiétude face à l'influence croissante des pays du Golfe dans son pays… et demandé à ce propos l’aide de la Suisse et de l’Union européenne. Signer des accords avec les salafistes tout en demandant à l'Europe de l'aider à s'en débarrasser: original.

La Suisse soutient le pays dans divers domaines: réformes politiques, économie, justice, santé primaire.

En 2015, la Suisse comptait environs 14'000 musulmans bosniaques âgés de 15 ans ou plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Une étude objective des faits et des chiffres:

http://www.slate.fr/story/113209/islam-violence

Écrit par : Alain Patrick | 01/10/2017

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