03/01/2018

Comment Henda Ayari a rejoint le salafisme

Celle qui a osé dénoncé Tariq Ramadan a voulu d’abord plaire à sa  mère. Et tout s’est enchaîné...


Recension de Sophie, que je remercie. Mireille

 

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H. Ayari à propos de la décision de ne plus sanctionner les femmes dont le voile est "mal porté" (qui ne couvre pas entièrement les cheveux): "Après cette excellente nouvelle venue d'Iran, je partage la joie des Iraniennes et je tiens à leur rendre hommage en ce dernier jour de l'année 2017 avec ces deux photos de moi qui symbolisent ma libération. Bravo à toutes les femmes courageuses qui se battent pour leur liberté!"

 

Le livre de Henda Ayari, la première femme qui porté plainte contre Tariq Ramadan pour viol, permet de comprendre comment une jeune femme d’origine maghrébine, née en France, peut glisser dans le salafisme. 

L’auteure avait une mère qui voyait la perdition à chaque coin de rue. Henda a essayé de la rassurer en lui montrant un certificat médical de virginité, mais cela n’a pas suffi. A l’université, elle a commencé à porter le voile pour montrer à sa mère qu’elle était une fille sage, qui pouvait étudier sans risquer de tomber dans la débauche. 

Par le biais de ses amies d’étude voilées, elle est entrée progressivement et insidieusement dans le piège du salafisme. Ce que les salafistes nomment avec mépris «le petit voile» n’est qu’un premier pas vers, pour les plus influençables, le djilbab (le voile couvrant tout le corps sauf le visage), puis la burqa (voile couvrant aussi le visage). On apprend qu’il existe une sorte de compétition entre les femmes voilées. C’est à qui sera la plus «courageuse»: «petit voile», jilbab ou burqa. Celle qui opte pour la burqa étant considérée comme la plus «courageuse», car une fois ce vêtement adopté il n’y a en principe plus de retour en arrière possible. Et elle sera seule sous sa prison.

Ces femmes doivent impérativement être mariées, car elles n’ont droit à aucune autonomie. Elles n’ont pas d’argent en propre, elles font les courses avec leur mari qui possède le porte-monnaie, elles sont de totales handicapées sociales, car elles ne savent rien faire de ce qui permet de se débrouiller dans la société. Leur mari peut les répudier facilement en disant trois fois «je te divorce» (sic), ce qui est facilité par le fait que souvent elles ne sont mariées que religieusement et n’ont donc aucune protection légale. Elles se retrouvent seules et désespérées, et il s’agit de trouver au plus vite un nouveau mari pour ne pas mourir de faim.

Elles n’ont qu’un rôle dans la vie: faire à manger, tenir le ménage et faire des enfants. Souvent il arrive qu’elles aient plusieurs enfants de plusieurs pères différents qui les ont à chaque fois répudiées. Si elles ne trouvent pas un nouveau mari rapidement, elles seront mises à l’écart de leur communauté, car une femme seule ne peut être «honorable».

Les suicides féminins sont fréquents, mais comme d’habitude, c’est la faute des autres: les familles disent qu’elles sont mortes parce que les médecins ne se sont pas bien occupés d’elles.

Le mari d’Henda Ayari l’a répudiée et quittée en la laissant sans argent avec trois enfants. Elle a fait une tentative de suicide pour le faire revenir. Elle a été ensuite suivie par un psychologue qui lui a dit la phrase qu’il lui fallait pour pouvoir commencer à sortir de ce qu’elle appelle a posteriori une secte: «Vous seule avez les clés de votre propre prison, et vous seule pouvez vous en libérer.»

Mais pour sortir de sa prison le chemin a été très long. La deuxième personne qui l’a secouée est une assistante sociale qu’elle a consultée après avoir perdu la garde de ses enfants. Celle-ci lui a fait comprendre que si elle voulait récupérer ses enfants, il faudrait qu’elle travaille, et que pour travailler il lui faudrait enlever son voile. Ce qu’elle a fait pour ses enfants d’abord, puis pour elle-même.

Elle n’était pas encore au bout de ses peines, car son héros, Tariq Ramadan, qu’elle admirait et considérait comme un modéré (puisque contrairement aux salafistes, les Frères musulmans autorisent le «petit voile» et le travail de femmes), n’a pas apprécié la photo d’elle tête nue qu’elle a postée sur sa page Facebook. Ensuite… mais je ne vais pas tout vous raconter. Ce livre permet d’avoir une vision de l’intérieur de la prison salafiste, puis de la fausse tolérance des Frères musulmans. Toutes ces souffrances sont endurées avec une seule carotte pour motivation: accéder au  paradis.

Ce que nous subissons en Europe à l’heure actuelle avec la montée de l’islam ne se fait que par cette même carotte: le paradis après la mort, et la même menace: l’enfer éternel pour ceux qui envisagent de s’écarter de l’islam!

Qu’il soit possible de croire à cela de nos jours et dans nos pays dépasse notre entendement, et montre à quel point l’islam est imperméable à toute idée de liberté de pensée.

Ce livre montre également à quel point la fermeté bienveillante est une attitude qui peut être utile pour faire évoluer les plus intelligentes: Henda Ayari s’en est sortie parce qu’un psychologue et une assistante sociale ont eu le courage de lui dire les choses en face, avec fermeté et bienveillance, au lieu de penser à chaque instant à ne pas la blesser dans ses « convictions ».

Sophie

 « J’ai choisi d’être libre », Flammarion, 2016

14:07 Publié dans Femmes, Livres, Voile, niqab, etc. | Tags : henda ayari, salafisme, tariq ramadan | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Comme si un simple voile vous donnait, comme par miracle, de la dignité! Cette jeune femme est aujourd'hui menacée de mort pour avoir dit la vérité, comme quoi!!!!!!

Écrit par : dominique degoumois | 03/01/2018

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