27/03/2018

Le roi du fédéralisme suisse est tessinois

Giorgio Ghiringhelli est à l'origine de six initiatives, dont la victorieuse interdiction du niqab. Son activité politique ne connait pas la crise.


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Son nom a le timbre d’une clochette et le parfum du sud: Ghiringhelli… Giorgio Ghiringhelli. Le surnom qu’il s’est donné et a donné à son petit parti est joyeux, Il Guastafeste, le trouble-fête. Traduit moins poétiquement par l’intéressé: «l’emmerdeur».

Giorgio est une icône du fédéralisme qui témoigne qu’un homme seul peut bonifier par petites touches la vie des citoyens. A mon avis, une sculpture dédiée à ce citoyen modèle serait de bon aloi.

«Ah, que j’aime la démocratie directe…!», s’exclame-t-il. Il a lancé six initiatives cantonales, dont quatre ont été gagnées d’une manière ou d’une autre (voir en fin d’article), notamment contre les tarifs des avocats-notaires. Sa sixième, qui adoucit le sort de certaines victimes d’agression, est à l’examen. Au niveau communal, il a lancé 3 initiatives et en a gagné deux, 2 référendums et en a gagné deux. Il ne pratique pas la monoculture.

Tableau PDF der.JPGLe texte qui demandait l’élargissement des droits populaires a échoué de peu (51%). Mais le sujet est à nouveau devant le parlement et Giorgio s’y replonge avec ardeur. Il montre dans un tableau des 26 canton que le Tessin est, pour les initiatives et référendums, le moins démocratique, C’est celui qui exige un maximum de signatures en un minimum de temps.

Tableau: cliquer pour agrandir

Sa plus grande victoire, c’est l’initiative pour l’interdiction de la sinistre burqa, lancée en 2011et acceptée par 65% des votants en 2013. Ses adversaires les plus opiniâtres se recrutaient dans la communauté musulmane et les rangs féministes, des verts étaient et de la gauche. Quant aux milieux touristiques, ils ont brandi l’habituelle menace d’une dramatique perte financière. Las! Après la votation, le Golfe et ses burqas étaient au rendez-vous.

«En 2000, j’étais sur le toit des deux tours jumelles de New York, et c’est probablement à cause de ça qu’à partir du 11 septembre 2001 j’ai commencé à m’intéresser à l’Islam.» Cours, lecture du Coran, approfondissement: sa conviction est rapidement faite et la lutte contre l’expansion de l’islam devient son combat majeur, il est même favorable à l’interdiction de cette religion jusqu’à ce qu’elle se réforme. «Je suis devenu athée, mais je me considère, comme Oriana Fallaci, «athée chrétien»: je ne crois pas à l’existence de Dieu, mais ma culture est heureusement chrétienne.»

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En Europe, le vote tessinois est la première interdiction de la burqa issue d’un scrutin populaire. La prochaine sera pour 2019 ou 2020, toute la Suisse votera sur une initiative fédérale. Le trouble-fête a récolté à lui seul plus de 7000 signature. Il engage aussi des personnes payées pour le faire, condition sine qua non du succès.

«Que de temps, d’énergie et d’argent j’ai employé pour toutes ces batailles! Mais je continue, mon carburant et ma récompense, c’est la victoire. Il est né à Locarno en1952 le jour de la Saint-Georges, sous le signe du taureau, «d’où peut-être ma détermination et mon entêtement politiques».

Je ne l’ai jamais rencontré, mais nous sommes souvent en contacts. C’est un fidèle pour qui «allié» n’est pas un vain mot, divergences incluses. Il me transmet avec gourmandise des informations tessinoises, et a été un des premiers membres de notre association, l’ASVI. Pour financer (en partie) ses activités, il organise des loteries. Entre autres lots, un repas avec le couple Ghiringhelli chez lui et… mes livres.

C’est un bon vivant qui adore la bonne chère. Il a sillonné une partie imposante de laIMG_0171.JPG France  à la recherche des meilleurs et des plus célèbres restos. Il a appartenu au comité de la Chaine des Rôtisseurs du Tessin, une association gastronomique. «A Genève, j’adore le Café de Paris. Je me fais expédier par poste des petits pots de beurre qui accompagnent la fameuse entrecôte. J’aime aussi le bon vin et les diners entre amis.»

Politiquement, il a créé «pour être indépendant des partis» son petit mouvement, Il Guastafeste, doté d’un riche site, mais son charismatique leader attire davantage que sa structure. Il s’est souvent présenté à des élections, victorieux dans sa commune, moins au-delà, mais toujours avec un succès personnel appréciable.

Journaliste libre -forcément- il a représenté ces professionnels à l’Association tessinoise des journalistes durant 5 ans. Il connait bien la confrérie des médias bien-pensants, dont certains -comme une bonne partie de la population- apprécient son humour et son amour du débat. Leur porte est entrouverte et Giorgio la pousse régulièrement pour de nouvelles actions, dénonciations, informations. Il connait bien les associations islamiques de son canton qui sont profondément influencées par les Frères musulmans.

C’est un esprit libre, et il l’a été tôt. Il est expulsé d’un collège catholique pour un rendez-vous libertin. Il quitte le foyer familial à 18 ans «pour faire le bohémien, et «l’autostopiste» au nord de l’Europe». Sous-officier à l’armée, il est condamné à 10 jours de prison pour avoir refusé de se couper les cheveux.

«Quand j’étais jeune, j’aimais les femmes blondes aux yeux azurs, et par un hasard de la vie, je me suis marié en 1981 avec une brune aux yeux bruns, Fosca.» Il n’a pas d’enfants… mais plusieurs chats qu’il adore. Il préfère les faire ronronner que transpirer dans des activités sportives. «Je suis très paresseux… sauf quand je bataille!» Amateur de voyages, il a sillonné l’Europe. «J’aime l’Europe des diversités, mais je déteste l’Union européenne qui veut tout standardiser et aplatir, celle qui a ouvert les portes à la colonisation islamique qui va détruire en quelques dizaines d’années ce que nos ancêtres ont construit pendant des siècles!»

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Avec Fosca, à Cissone.

Les menaces environnementales le laissent indifférent. «J’ai été pendant 15 ans au comité de l’Automobile club Suisse du Tessin. Je possède deux Toyota Celica de 1986, une rouge avec les pneus d’hiver, l’autre grise avec les pneus d’été. Et je n’aime pas les transports publics!»

Il a été conseiller communal de Losone (6'500 habitants), mais a laissé à deux reprises son siège de l’Exécutif à son remplaçant «pour être plus libre de jouer mon rôle d’opposant, ou mieux de contrôleur et de dénonciateur». Un rôle qui lui va comme un gant.

 

Les initiatives

1) «Contre le monopole des tarifs des avocats-notaires», lancée en1999, signée par 7'700 citoyens. Malgré un contre-projet du Grand Conseil, le peuple l’approuve à 73%.

2) «Plus de pouvoir au peuple avec des droits populaires facilités», 2005 .  (diminution du nombre de signatures et augmentation du temps pour les initiatives et les réferendum). Signée par 12'000 citoyens, rejetée à 50,9%.

3) «Pour des droits populaires facilités dans les Communes», même sujet. Signée par 9'088 citoyens. Approuvée par le Grand Conseil en 2009, et donc pas de votation populaire. 

4) «Interdire la dissimulation du visages dans les espaces publics», 2011 . Signée par 11'761 citoyens. Acceptée par 65,4% des votants, malgré un contre-projet du Grand Conseil. 

5) «En avant avec les deux nouvelles villes de Locarno et Bellinzone», 2012, pour un regroupement de communes. Signée par 11.558 citoyens. Déclarée non recevable à cause d’une clause européenne. Finalement, les communes de Bellinzone décident du regroupement.

6) «Les victimes d’agressions ne doivent pas payer les coûts d’une légitime défense», 2017. Elle réclame que le Canton paie l’avocat personnel d’une victime accusée d’avoir blessé ou tué un agresseur si le procès se solde par un acquittement. (Actuellement le Canton paie seulement l’avocat d’office). Elle est à l’examen au parlement.

 

A Genève, Jean Barth, citoyen hors parti, a fait fructifier lui aussi, et depuis plusieurs décennies, les possibilités du fédéralisme. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Barth

 

 

04:22 Publié dans Politique, Suisse | Tags : ghiringhelli, portrait, tessin, fédéralisme | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Un citoyen respectable donc!

Écrit par : Dominique Degoumois | 27/03/2018

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Bel hommage, bien mérité.

Écrit par : Mario Jelmini | 27/03/2018

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«Je suis devenu athée, mais je me considère, comme Oriana Fallaci, «athée chrétien»: je ne crois pas à l’existence de Dieu, mais ma culture est heureusement chrétienne.»: Cela fait penser à André Comte-Sponville, l'"athée fidèle".
Merci pour ce portrait d'un homme sympathique et combatif, esprit libre et bon vivant.
Et merci à M. Ghiringhelli de faire vivre la démocratie!

Écrit par : Laurence | 27/03/2018

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Merci de cette belle présentation de Giorgio Ghiringhelli. J’ai la chance de le connaitre depuis lontemps. Ce Robin Hood de la democratie directe mérite d’être connu par le publique!

Écrit par : Eros | 27/03/2018

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Un peu indirectement hors sujet, mais je ne sais pas où mettre ça:
Le Temps publie étonnamment un article critique sur l'islam:
https://www.letemps.ch/opinions/coran-6300-versets-cinq-contiennent-un-appel-tuer?utm_campaign=le-temps&utm_medium=social&utm_source=facebook

MAIS si on se donne la peine de lire l'article, on y trouve quelques perles, comme p.ex.:

"Certains groupes musulmans avaient déjà revivifié le concept du djihad au début et même avant le XIXe siècle dans des contextes très locaux. Mais les historiens anglais, et je les suis presque entièrement sur ce point, affirment que le djihad des temps modernes est une invention allemande. En 1914, les orientalistes allemands ont revivifié ce concept moribond, en donnant l’impression que c’était important dans l’islam, puis sont allés expliquer au régime ottoman qu’il devait se servir de ce concept auprès des populations colonisées par les Anglais et les Français, afin de mieux les combattre."

Bon, les Allemands ont l'habitude qu'on les traite de nazis (et tant pis pour l'amalgame), alors autant leur mettre le djihad sur le dos. On constatera au passage que, une fois de plus, les musulmans n'ont rien inventé, même pas fichus de découvrir le djihad tout seuls. Le terrorisme d'aujourd'hui est évidemment entièrement de la faute des méchantes puissances coloniales.

Ou encore ceci, qui est fort étonnant:
"La tradition islamique, dans son ambiguïté, s’apparente à la philosophie postmoderne, basée sur la pluralité des interprétations. C’est un avantage. L’islam a d’ailleurs connu l’athéisme, mais aussi la caricature du Prophète. "

Ou encore:
"La charia n’est pas la loi islamique! Dans une interview récente, le grand mufti d’Egypte Shawki Allam l’a dit très explicitement devant des journalistes médusés! En fait, il n’y a pas moyen de définir ce qu’est la charia une fois pour toutes: c’est seulement l’interprétation, par les juristes, de ce qui pourrait être la norme dans une société et une époque données. La charia est un produit intellectuel, pas une loi divine."

Toujours et encore la faute des occidentaux:
"Evidemment, en Occident, on a une idée très nette de la charia: une sorte de loi du talion complètement rétrograde qui peut vous faire littéralement perdre la tête! Cette idée totalement fausse ravit les islamistes radicaux, bien sûr, eux qui bâtissent un islam imaginaire correspondant parfaitement aux attentes apeurées des Occidentaux. Entre ces deux fronts, les intellectuels musulmans se retrouvent bien seuls...."

La bonne nouvelle, c'est qu'on commence à distinguer la naissance de concepts tels que "islam politique" ou "islamistes radicaux" et il me semble qu'il commence à devenir acceptable de les condamner. C-à-d de condamner des événements comme l'attentat de Trèbes. Dire qu'un pauvre boucher ou un vigneron ont perdu la vie "parce que vous bombardez la Syrie". Sans parler du gendarme, évidemment. Et tout ça, c'est de la faute des Allemands, lol !

Écrit par : Arnica | 28/03/2018

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