Le président d’une ONG humanitaire basée à Genève est accusé de financer Al-Qaïda (09/01/2014)

Une information du Trésor américain jette la suspicion sur les activités de l’ONG Alkarama. Des Qataris et des ex genevois du Front islamique du salut (FIS) font partie de cette fondation de défense des droits de l’homme.

Aka Umair Al-Nuaimi, président de la fondation  de défense des droits de l’homme Alkarama basée à Genève, a démissionné fin décembre suite à une information du département du Trésor américain. Celui-ci accuse ce Qatari d’avoir des liens étroits avec Al Qaïda. Il le considère comme un associé du fanatique Youssef Al-Qaradawi, considéré comme le chef spirituel des Frères musulmans et basé lui aussi au Qatar. Le président a démissionné fin décembre. Le site Point de Bascule détaillait hier ces informations.

Mourad Dhina, qui réside depuis des décennies en Suisse, à Meyrin, est directeur exécutif d’Alkarama. Atteint par téléphone hier, il reconnaît que les accusations américaines «sont des affirmations très lourdes, choquantes. Mais Monsieur Al-Nuaimi les dément catégoriquement"

Selon le communiqué américain, Nuaimi a transféré en 2013 quelque 600’000 dollars à des organisations liées à Al Qaïda-Irak via la Syrie. Il a servi d’intermédiaire entre des donateurs qatari et des leaders irakiens et supervisé durant une période le transfert de 2 million de dollars par mois en Irak pour les mêmes destinataires. Il était déjà très actif en 2003-2004. Il a aussi fourni un appui financier à une organisation charitable qui finançait Al-Qaïda dans la péninsule Arabique.

Rappelons qu’en Irak, la majorité chiite qui a accédé au pouvoir est accusée par les sunnites  (Al Qaïda est la mouvance la plus extrémiste de ce courant) de s'arroger l’ensemble des institutions de l’Etat. Ils manifestent leur colère par des attentats meurtriers auxquels répondent ceux des chiites.

Les doutes du directeur exécutif

mourad_dhina_www.jpgMourad Dhina invoque deux raisons qui pourraient jeter le doute sur les accusations américaines: «Il existe de très fortes rivalités entre les Etats de cette région. Nous avons notamment rédigé des rapports mettant en accusation les Etats arabes unis. Nous n’excluons pas que des informations tendancieuses aient circulé afin de saborder notre fondation. D’autre part, le timing me pose question. Nous avons fait récemment un grand travail mettant en cause les drones américains au Yémen. Ça a pu déplaire aux autorités.»

Alkarama a été fondée en 2004 pour aider les victimes d’exécutions extra-judiciaires, de disparitions, de torture ou de détention arbitraire» des États du monde arabe. Les femmes ne font pas partie de ce paysage. Sa direction comprend le Conseil de fondations (5 personnes, dont 3 d’origine algérienne, et 2 Qataris) et le Bureau exécutif (2 personnes, toutes deux d’origine algérienne, dont Dhina)

Mourad Dhina est bien connu en Suisse. En 2004, un rapport Département fédéral de police révèle qu’il a dirigé au début des années 90 un groupe de sympathisants du FIS «dans le but d’apporter un soutien logistique à la lutte menée par cette mouvance contre le gouvernement algérien». (1) Le gouvernement lui a interdit toute activité de promotion de la violence.

Le point de vue des ex du FIS est généralement que seul le gouvernement algérien est responsable de actes barbares commis durant la guerre civile, mais pas le GIA et le FIS.

Aujourd’hui, Mourad Dhina nous affirme que son point de vue a changé et que «la vérité n’est jamais noire ou blanche, tout le monde a participé

Alkarama est créée cette même année 2004. L’ONG est très active au Conseil de droits de l’homme de l’ONU et mène des actions avec d’autres ONG du même créneau, notamment Human Rights Watch. Alkarama défend passablement d’islamistes et mène un combat persévérant contre les États-Unis et Israël.

Sur le site de la fondation, Dhina est présenté comme ayant «participé à plusieurs actions initiées par la société civile pour mettre un terme aux graves violations des droits de l’homme perpétrées pendant la guerre civile en Algérie dans les années 1990». Quant au deuxième membre du Bureau exécutif, Rachid Mesli, il «a défendu des dizaines de personnes victimes de procès iniques durant la guerre civile algérienne.» Où l’on constate que les coupables est toujours le gouvernement, mais ni le FIS, ni le GIA.

Une épouse très active à Meyrin

Les chercheurs de «La Suisse des mosquées» nous apprennent pour leur part que la femme de Dhina –voilée - est à la tête du premier organisme religieux, principalement féminin, à avoir été accueilli au sein du cartel des sociétés de Meyrin.(2) La commune défend avec chaleur l’introduction dans la vie du cartel de préceptes islamiques, et appuie le groupe dans des activités liées à l’islam (prêt de salles pour ses cours d’arabe, par exemple). Le groupe s’est rendu en 2012 à la réunion de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, très proche des Frères musulmans).

Abbas Aroua, membre du Conseil de fondation d'Alkarama, fait aussi partie de ces Algériens d’origine. Il a tenté en 1998 d’empêcher l’Université de Louvain d’attribuer le titre d’honoris causa à Khalida Messaoudi, féministe algérienne. Elle avait reçu en 1993 par la poste l’annonce de sa condamnation à mort par le FIS. A propos d’une manifestation intégriste genevoise qu’il coorganise en 2004, Aroua est pris à partie par les médias. Il «devra reconnaître être un sympathisant du Front islamique du salut (FIS) (…) Les aveux seront obtenus par Le Temps du 30 juin, qui possède des informations précises. Le même jour, dans Le Courrier, Abbas Aroua dément encore avoir un quelconque lien avec le FIS.» (2)

Ces noirs corbeaux sont-ils devenus de blanches colombes qui adhèrent à la démocratie et aux droits de l’homme –des valeurs très éloignées de celles des Frères musulmans? C’est ce qu’ils affirment. Les révélations américaines jettent une ombre sur ces professions de foi.

Quelques autres mauvaises conduites de l’ex-président

Le site d’observation des Frères musulmans qui détaille les faits et geste de Nuaimi cite encore diverses manifestations d’islamistes fréquentées par l’ex-président d’Alkarama. Nuaimi est aussi le secrétaire général de Global Anti-Aggression Campaign, une «organisation parapluie internationale qui comprend des exégètes liés au réseau des Frères Musulmans ainsi que des penseurs salafistes dont certains sont désignés comme des terroristes par le gouvernement américain».

Selon le communiqué du département du Trésor américain, l’International Union of Muslim Scholar (IUMS) dirigée par Al-Qaradawi, affirme que le représentant d’Alkarama au Yémen collabore avec Al-Qaida et travaille avec le leader des Frères Musulmans.

Un message du département d’État de 2007 signale enfin que Nuaimi est «étroitement surveillé en raison de ses tendances extrémistes» et qu’il a été arrêté en 2009 au Qatar après avoir exhorté le Conseil consultatif qatari à s’opposer à l’éducation mixte à l’Université.

Les associations de défense des droits de l’homme sont de plus en plus utilisées par divers groupes comme couvertures d’activités politiques contraires aux buts qu’elles se prêtent. On peut au moins se poser la question à propos d’Alkarama?

1) Islamophobie ou légitime défiance? p. 96

2) Association culturelle musulmane meyrinoise (ACCM)

3) Islamophobie... p.85. « La tente du dialogue » organisée par Aroua et le porte-parole de la grande mosquée de Genève Hafid Ouardiri entendait durant une quinzaine de jours faire mieux connaître le «vrai islam» à la population genevoise.

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