Centre islam: mes critiques sous l’œil des évaluateurs (27/04/2022)

Le Conseil fédéral avait accepté le postulat Marchesi et précisé qu'il serait intégré à une évaluation déjà programmée. Entretien avec trois collaborateurs de la société mandatée.

 

 

4Marchesi.pngLe 18 août 2021, le gouvernement a annoncé qu’il acceptait le postulat de Piero Marchesi (image), et le Conseil national l’a suivi. Marchesi  émet différentes critiques tirées de la brochure que j’ai consacrée au centre et envoyée à quelques dizaines de nos représentants aux Chambres fédérales.

Une «évaluation finale externe» était déjà prévue, précise le Conseil fédéral, évaluation qui doit examiner l'effet des fonds alloués par l’Etat. Elle s’enrichira – on l’espère- des réponses aux «questions soulevées par l'auteur du postulat».

Le Bureau de recherche et de conseil Ecoplan est chargé de l’évaluation. Ce mercredi 13 avril, par visioconférence, une collaboratrice de l’entreprise assistée de deux collègues (plutôt silencieux car peu familiers avec le français), se sont donc penchés sur mes positions.

Mes interlocuteurs m’ont demandé d’évaluer l’impact, les forces, faiblesses, défis du CSIS, ses effets à court, moyen et long terme dans ses domaines d'action (science/islam/société), les autres actions nécessaires, son potentiel d'amélioration. J’avoue avoir aimablement décliné ces questions, vu que pour moi l’apport le plus important du CSIS à notre société serait qu’il disparaisse ou se mue en simple faculté de théologie islamique.

Depuis la parution de ma brochure, ce que j’avais perçu est devenu explicite. Le directeur Hansjörg Schmid l’a dit clairement : la laïcité est dépassée, les religions retrouvent une perception et une visibilité publiques que l’Etat soutient.

Cette position idéologique justifie que le centre passe une bonne partie de son temps à faire avaler la visibilité et la perception des musulmans prosélytes à ses diverses cibles, à appeler à un rapprochement de ces «croyants» avec les institutions publiques et laïques afin de donner une image positive de l’islam et de permettre à ses activistes (imams, enseignants des mosquées, etc) de recevoir des financements sous prétexte qu’ils offriraient de nombreux services à l’ensemble de notre société.

Eco-plan a été mandatée par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), conformément à la loi. Le secrétariat se trouve être le financeur principal du CSIS parmi d’autres subventionneurs de la Confédération (Secrétariat des migrations, Service de lutte contre le racisme, etc.).

J’ai tenu à rappeler à mes interlocuteurs la brochure la plus scandaleuse du centre. Elle répond à cette question: comment le droit suisse permet-il  de défavoriser une fille dans l’héritage pour se conformer au «droit islamique»? J’avais contacté à ce propos des politiciens, des journalistes (habituelle loi du silence), des bureaux de l’égalité, etc.

Mais je n’avais pas signalé ce scandale au SEFRI. C’est pourtant lui qui a répondu avec cette justification: le texte est le résultat d’une recherche menée dans le cadre d’un institut universitaire et se base sur le principe de la liberté de la recherche.

Cool! Le SEFRI et donc le Conseil fédéral et donc les contribuables financent pour plus de 400'000 francs annuels un centre très utile à la société, mais libre de mettre en valeur des discriminations millénaires qui frappent les musulmanes et d’expliquer comment les poursuivre dans une société égalitaire.

Mon interlocutrice d’Ecoplan suggère qu’il pourrait s’agir d’une erreur de communication. Est-ce à dire que les auteurs pensent ce qu’ils ont écrit, mais auraient dû le dire différemment?

J’ai donné d’autres exemples des biais et des failles du CSIS, notamment sa volontaire ignorance des idéologies fondamentalistes des mosquées, son intense célébration de ces lieux souvent conservateurs et toujours bigots… mais je vous en fais grâce. Vous pouvez parcourir ce paysage au fil des vingt papiers que j’ai consacrés au CSIS et, pour aller aux sources, les centaines de pages que j’ai lues à son propos.

Le jeu de questions-réponses avec Eco-Plans’est passé dans la plus parfaite courtoisie. L’évaluation devrait être publiée cet automne.

 

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10:59 | Tags : postulat, marchesi, évaluation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | |