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  • Saïda Keller Messahli: «Il faudrait des politiciens courageux!»

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    Étrange paradoxe : c’est une Zurichoise, Tunisienne d’origine, qui défend les valeurs d’égalité et de démocratie dans les médias romands contre l’islam réactionnaire qui progresse. Elle est présidente du Forum pour un islam progressiste.

    26.09.2014

    Vous êtes opposée au port du foulard. Comment expliquez-vous l'extension folle qu'il connait?

    Certains milieux musulmans idéalisent la femme couverte. L’aspect sexuel est majeur. Couvrir et découvrir est un topos érotique, et très souvent on voit des femmes couvertes d'un foulard accentuer ce côté érotique, par exemple par des jeans très moulants ou un maquillage très voyant. Si on veut mener un débat substantiel sur le voile, il est indispensable de parler de sexualité. Les jihadistes, dont la première cible est le corps des femmes, le confirment. C’est un symptôme de notre temps, ces tabous qu'on n'ose pas discuter, ces sujets refoulés qui tournent autour des rapports entre hommes et femmes. Il y a un manque de clarté, de l’ambivalence, des contradictions: les musulmans «tabouïsent» ces sujets, ici aussi. Il existe une dialectique entre soumission divine et sexuelle. Cette injonction à se couvrir est un terrain propice à la régression. Les musulmanes qui se voilent veulent correspondre à l’image de la sainte, ce qui est un fantasme. Et il est plus simple de se soumettre plutôt que d’affronter, prendre des risques.

    Et le niqab?

    C’est la même problématique que le foulard, mais l’étoffe est plus longue, et la signification plus grave. C’est une manière de nier l’existence physique de la femme, son individualité. Elle devient une forme sans identité. Pour moi ce niqab, généralement noir, est presque un symbole de mort… en tout cas de mort sociale de la femme.

    Vous vous êtes dites convaincue que la contrainte est un moyen efficace d’intégration et qu’elle n’est pas assez utilisée. Pouvez-vous donner un exemple?

    Le foulard à l’école. Il est trop souvent discuté sous l'aspect du volontariat. C'est une mauvaise approche. Ma position et celle du Forum, c’est que les autorités aient le courage de dire qu'à l'école, filles et garçons doivent être traités de manière égale. Donnons cette chance d’égalité aux filles, car elles ne l’apprendront pas dans leur famille. Donnons-leur la chance de comprendre qu'elles ne doivent pas se soumettre aux autres diktats religieux de leurs parents. Aidons-les à gagner de la force pour faire face! Ce sont ces milieux qui ont tendance par exemple à marier leurs filles contre leur volonté.

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    Pourquoi ne faut-il pas inciter les communautés musulmanes à condamner l’Etat islamique?

    Une condamnation spontanée a tout son poids. En revanche, je ne serai jamais sûre que ceux qui le font sous pression soient sincères.

    Est-ce que les textes de l’islam ne posent pas problème? Coran, hadiths, charia… La doctrine est guerrière, expansionniste, très misogyne. Et ce que font les guerriers de l’EI, c’est en bonne partie ce qu’a fait Mahomet à Médine.

    Vous avez raison, il existe un problème avec les textes. Mais il y a parallèlement un problème politique. Ce sont des forces totalitaires qui instrumentalisent ce texte pour légitimer leur course au pouvoir et le régime de terreur qu'ils veulent installer. Pour moi, la seule base de l'islam est le Coran qui a fondé une religion mondiale, mais qui n’est plus adapté à la vie d’aujourd’hui. C'est un produit de son temps. On, sait grâce à la linguistique, qu'il a été écrit par plusieurs auteurs. Il n'a aucun lien avec l'histoire du Prophète, il été construit après sa mort à partir de récits oraux dont on a fait un tout. Il faut débattre des conditions de sa genèse, oser le considérer comme un texte littéraire à adapter, à compléter avec le savoir d'aujourd'hui. Sinon, chacun prend ce qu’il veut, comme au supermarché, et on crée par exemple l'Etat Islamique. Je suis persuadée que ce n’est pas l'esprit de l'islam, car le Coran donne une place centrale au savoir, à l’étude du texte, à l’intelligence. Les jihadistes veulent recréer la Cité de Médine qu’ils considèrent comme la Cité idéale. Mais Médine était tout autre chose qu’une cité idéale! Notre époque permettrait de déconstruire et de reconstruire ce texte, c’est-à-dire de donner à la foi une substance d’intelligence. Si on ne fait pas ce travail, on ne s’en sortira pas. Surtout tant que le taux d’analphabétisme, de manque de savoir, est si grand dans les pays musulmans. C’est le terreau des jihadistes.

    Selon l’écrivain Hamid Zanaz, c’est aussi l’école, soit la possibilité de lire le Coran littéralement, qui est le terreau de l’islamisme…

    Il a raison aussi. L’école sème le grain d’une interprétation rigoriste, figée. Sans parler des écoles coraniques où les élèves n’ont aucune liberté de critique, apprennent le texte par cœur, répètent bêtement sans réflexion. C’est une manière de les conditionner à la soumission, à ne pas poser de questions. La modernité, c’est la liberté de penser.

    Et les Hadiths, les paroles et actes de Mahomet à suivre pour l’éternité?

    Je leur nie toute légitimité religieuse. Ils n'ont pas de rapport avec une quelconque réalité historique, ils sont inventés. Ils ont renforcé les aspects intransigeants du Coran et ont été intégrés dans la charia. Ils ont contribué à faire de la religion une simple série de rites vide de toute intelligence. Aujourd’hui nous sommes submergés par la religion, mais nous ne savons pas ce qu’est le religieux. C’est ce débat autour du religieux qu’il nous faut relancer.

    Où situez-vous la frontière entre islam et islam politique? Les revendications relatives au foulard, au burkini, aux dispenses de cours, aux salles de prières, aux cimetières séparés, à la nourriture consacrée ou à la suppression du porc… l’extension des mariages forcés dans toute l’Europe, les enseignements antioccidentaux… font-ils partie de l’islam politique ou de l’islam classique?

    D’abord, les mariages forcés ne font pas partie de l’islam. Même lorsque le Coran autorise les mariages de filles impubères, ce n’est pas dans cette optique. Mais aujourd’hui, il est vrai que c’est une réalité. J’ai d’ailleurs aidé beaucoup de jeunes filles à y échapper ici. Avec les revendications dont vous parlez, certaines communautés musulmanes optent pour une ségrégation qui va jusqu’au-delà de la mort, les cimetières séparés. Personnellement, je n’aurais aucun problème à être enterrée avec des gens d’une société qui m’a beaucoup donné, dont les membres m’ont portée, soutenue. Pour moi, les musulmans qui insistent sur la ségrégation ne sont pas intégrés. Et les musulmans ouverts – la grande majorité silencieuse - ne se sentent pas représentés par eux et par leurs grandes organisations.

    Mais est-ce rassurant, puisque toutes ces régressions, de même que la bigoterie, s’accentuent?

    Je trouve moi aussi très inquiétant de voir à quel point une minorité dicte des conditions sociales régressives. Mais c’est à la politique d’imposer à ces musulmans de s’intégrer sans poser des conditions de ségrégation. Il faudrait des politiciens courageux! Je ne comprends pas que même la gauche, et j’en suis proche, n’ose pas affronter ces sujets. Et quand elle le fait, c’est souvent pour exprimer un relativisme culturel.

    Comment expliquez-vous ces revendications?

    Une des idées centrales de l’islam est sa prétention à la suprématie, à la supériorité religieuse. Ça conduit certains musulmans à avoir un problème avec l’altérité: comment rencontrer l’autre, quelle est ma relation avec lui? C’est une question à traiter d’urgence dans les milieux musulmans! Cette idée de suprématie et de dogmes tels que « pur » et « inpur » « croyant » et « incroyants » conduit les musulmans conservateurs à se démarquer de tout ce qui n’est pas « musulman ». C’est là que commencent les revendications. Cette suprématie est une idée qu’il faut absolument déconstruire et remplacer par des valeurs humanistes.

    Que pensez-vous de l’accusation d’islamophobie?

    C’est un terme employé pour bloquer toute critique. La phobie est du domaine de la psychiatrie, or il y a un malaise – de la part des musulmans et des non-musulmans - dans la perception de l’islam et il est justifié.

    Êtes-vous favorable à une surveillance des mosquées et de l’enseignement qui y est prodigué?

    Oui. Et nous demandons que les imams prononcent leurs sermons dans une langue nationale. Il faudrait aussi que les mosquées renoncent à la ségrégation des sexes, que femmes et hommes prient côte à côte -certaines mosquées le font déjà, par exemple à Paris-, et que les femmes ne soient pas obligées de porter un foulard pour prier. Il serait normal aussi que ces lieux, comme les églises, soient toujours ouverts à chacun, musulman ou non.

  • Saïda Keller Messahli, la Suisse et l’islam: «Il faudrait des politiciens courageux! »

    Étrange paradoxe : c’est une Zurichoise, Tunisienne d’origine, qui défend les valeurs d’égalité et de démocratie dans les médias romands -et bien sûr alémaniques- contre l’islam réactionnaire qui progresse. Elle est présidente du Forum pour un islam progressiste. Interview autour des questions qui agitent nos sociétés.

     

     IMG_0237.JPGVous êtes opposée au port du foulard. Comment interprétez-vous l’extension folle qu’il connait?

    Certains milieux musulmans idéalisent la femme couverte. L’aspect sexuel est majeur. Couvrir et découvrir est un topos érotique, et très souvent on voit des femmes couvertes d'un foulard accentuer ce côté érotique, par exemple par des jeans très moulants ou un maquillage très voyant. Si on veut mener un débat substantiel sur le voile, il est indispensable de parler de sexualité. Les jihadistes, dont la première cible est le corps des femmes, le confirment. C’est un symptôme de notre temps, ces tabous qu'on n'ose pas discuter, ces sujets refoulés qui tournent autour des rapports entre hommes et femmes. Il y a un manque de clarté, de l’ambivalence, des contradictions: les musulmans «tabouïsent» ces sujets, ici aussi. Il existe une dialectique entre soumission divine et sexuelle. Cette injonction à se couvrir est un terrain propice à la régression. Les musulmanes qui se voilent veulent correspondre à l’image de la sainte, ce qui est un fantasme. Et il est plus simple de se soumettre plutôt que d’affronter, prendre des risques.

    Et le niqab?

    C’est la même problématique que le foulard, mais l’étoffe est plus longue, et la signification plus grave. C’est une manière de nier l’existence physique de la femme, son individualité. Elle devient une forme sans identité. Pour moi ce niqab, généralement noir, est presque un symbole de mort… en tout cas de mort sociale de la femme.

    Vous vous êtes dites convaincue que la contrainte est un moyen efficace d’intégration et qu’elle n’est pas assez utilisée. Pouvez-vous donner un exemple?

  • L’imam payé par l’Arabie saoudite s’oppose au «wahhabisme salafiste radical»

    La grande mosquée de Genève nous apporte son lot quotidien de péripéties. Dernière en date: la création par un de ses ex-imams reconverti en militant anti-terroriste d’une organisation soupçonnée d’être liée à la Ligue islamique mondiale.

    Saïda Keller Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, est devenue la bête noire des intégristes suisses et de leurs paisibles fédérations. Dans son viseur cette fois-ci: un ex-imam wahhabite et la plus grande fédération musulmane de Suisse. Rappelons que deux imams de la mosquée étaient fichésS en France. On a découvert tout récemment que le chef de la sécurité l’était aussi.

    Saïda Keller Messahli a révélé cette information: Ziane Mehadjri, lorsqu’il était encore imam de la mosquée wahhabite de Genève, a créé une association dénommée «Organisation européenne des centres islamiques» (OECI) en décembre 2015 à Genève. Ses buts d? «Maintenance matérielle et logistique des centres islamiques en Europe; participation à la prise en charge de la location, de la construction et de la rénovation des centres islamiques en Europe, évolution du rôle des centres islamiques en Europe au sein de la société; prise en charge de la formation et du financement des prédicateurs et des imams des centres islamiques en Europe, mise en commun des perspectives et des projets visant à faire connaître l'islam et son prophète.» Pas trace de lutte contre la radicalisation et le terrorisme.

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    Les autres membres se nomment Abbas Affan, d’Allemagne, Rachid Aiouazi, de Ferney Voltaire en France voisine, et Boualam Bella de Lausanne. Le président Ziane Mehadjri, Algérien résidant à Genève, a été licencié de la mosquée en septembre dernier et sous-entend comme de juste que c’est pour son activité anti-terroriste au sein du lieu de culte. Deux hommes fréquentant le centre étaient partis en Syrie.

    Trois nouvelles mosquées wahhabites

    Saïda Keller observe qu’en deux ans, trois nouvelles mosquées ont été financée par l’Arabie saoudite en Suisse alémanique à raison de 5 millions chacune. Pour elle, ces mosquées radicales sont «la pointe de l’iceberg» et elle accuse la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS) qui regroupe 130 centres de se préoccuper comme d’une guigne des imams salafistes envoyés dans les centres qu’elle regroupe.

    Créer une organisation, chercher des fonds, organiser des séminaires sur «la radicalisation», très appréciés des autorités, ça peut rapporter. La nouvelle organisation mitonne donc un congrès international à La Haye à la mi-décembre sur «La prévention de la radicalisation». J’avoue que ce thème traité par des wahhabites me sidère toujours. Mais pas les autorités suisses qui ont donné «un écho positif» à cette initiative, selon le président. L’organisation compte d’ailleurs renouveler l’exercice à Genève avec l’espoir d’un «soutien des autorités cantonales». L’imam y répétera comme dans son interview que «les gens qui commettent des crimes, les terroristes, n’ont aucune relation avec l’islam». Selon Saïda Keller Messahli, l’OECI serait en fait «l’enfant d’une sous-organisation de la Ligue islamique mondiale qui vise à construire des mosquées saoudiennes dans le monde entier».

    Ziane Mehadjri dit adhérer à «l’islam sunnite, mais clairement pas le wahhabisme salafiste radical». Mais il ne voit aucune contradiction dans le fait d’avoir été payé comme imam par le royaume wahhabite. Il annonce que l’OECI compte un représentant dans 14 pays d’Europe et bénéficie du soutien de deux imams saoudien, Salah El Moghamsi et Abdullah El Moslih. J’ai découvert que ce dernier porte une titre prestigieux: secrétaire général de l’«Association mondiale des miracles scientifiques dans le saint Coran et la Sunna». Pas étonnant que les deux éminences soient, affirme Mehadjiri, «de renommée mondiale».  L’OECI recherche des fonds «auprès d’Etats européens.» Et Dalil Boubakeur et sa mosquée n’excluent pas d’en devenir membre.

    imam,ziane mehadjiri,grande mosquée,oeci

    Légende (traduite de l'arabe): "Le directeur des structures religieuses saoudien reçoit l’imam de la grande mosquées de Genève dans la bibliothèque de la Mecque et lui offre un cadeau."

    Les ruses du diable

    Mehadjri parle couramment français, affirme la Tribune de Genève. Le seul sermon que j’ai trouvé est pourtant prononcé en arabe, devant un public français, et c’est un collègue qui en fait le résumé dans la langue de Voltaire  (min.30). Je ne résiste pas à résumer ce discours pas radical pour un sou… enfin si, radical pour un gros sou: la condamnation de «l’association».

    Un témoignage de pieux délire.

    Le diable, nous apprend l’imam, tente de faire trébucher le musulman de la naissance à la mort. «Quand nous sommes nés, nous avons pleuré, hurlé», rappelle-t-il. Eh bien c’était déjà le démon qui s’en prenait au bébé. Et il ne lâche jamais sa proie. Sa première tentative, «la plus grave»: convaincre d’associer quelqu’un à Dieu (réd: par exemple Jésus) ou renier Dieu. Sans succès, le démon tente alors de faire tomber la victime dans un des sept «grands péchés»… quoique des savants en comptabilisent jusqu’à 70. Exemple: l’association (encore) ou désobéir aux parents.

    Le croyant résiste? Le diable passe aux «petits péchés, et ils sont nombreux». Il les minimise, fait croire que «c’est pas grave». Et si le vaillant musulman tient bon, le diable utilise une autre ruse: lui faire renoncer aux «bonnes actions» ou «faire en sorte que les bonnes actions soient mauvaises». Exemple: le croyant prie? Le démon chuchote, murmure, tente de le déconcentrer. Dans ce cas, le Prophète conseille comme remède de «postillonner» discrètement.

    Saida_GE.jpgUne autre arme du démon est de semer la division entre croyants. «Toute personne qui le fait appartient à l’armée du diable». Ce qui nous ramène à notre mosquée. Saïda Keller Messahli accuse le président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse Montassar BenMrad, qui veille à ne pas semer la division, de se ficher éperdument des prédicateurs radicaux de ses adhérents qu’il connait parfaitement. Oui, Montassar refuse absolument de s’occuper des moutons noirs. Et il s’explique, d’abord en ciblant la dénonciatrice: «Madame Messahli est encore dans sa tour d’ivoire, à continuer de parler de théorie du complot.»

     Avez-vous un contrôle sur ce qui se dit dans les mosquées, interroge le journaliste. «Nous n’avons pas de service de Gestapo», rétorque BenMrad. De toute manière, selon un argument confortable, «la radicalisation se fait par internet». Et le responsable de se reposer sur le fait que la question concernerait les autorités et pas lui.

    Le dernier acte (provisoire) de cette comédie est l’appel au «spécialiste». Christophe Monnot a rassemblé les travaux d’une douzaine de chercheurs dans «La Suisse des mosquées», un ouvrage d’une rare complaisance vis-à-vis des musulmans. Pas étonnant donc qu’il rassure: «Il ne faut pas confondre ferveur religieuse et radicalisme.» Personnellement, ça me semblerait assez synonyme. Mais Monnot rappelle que tous les responsables et imams des centres musulmans suisses s’attachent à lutter contre l’extrémisme. Et puisque tout-va-très-bien-Madame-la- Marquise, aucun contrôle supplémentaire des mosquées ne s’impose.

    http://bit.ly/2fpInay, http://bit.ly/2fO1zl3http://bit.ly/2fmtDZzhttp://bit.ly/2fmw8va.

  • Médias: les moutons ont repris du service

    C'est reparti! Après s'être plongés avec avidité dans les révélations de Saïda Keller Messahli, les journalistes se tournent à nouveau, sans l'ombre d’une question critique, vers l'Évangile selon Sainte Martine.

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    Je donnais deux mois aux médias pour qu'ils reprennent leur habituelle défense des activistes musulmans. J'étais optimiste. Tous ont découvert le caractère salafiste des imams et responsables musulmans avec l'ouvrage de Saïda Keller Messahli «La Suisse plaque tournante islamiste». Tous ont présenté ces révélations début septembre à leur public comme la vérité vraie.

    Et voilà qu'à l'occasion de la journée à l'uni de Fribourg sur le thème «Hostilité envers les musulmans: société, médias, politique», la présidente de la Commission fédérale contre le racisme Martine Brunschwig Graf envoie un communiqué à toute la république médiatique. Il met l'accent sur le terrible fléau décrit par tous les intervenants. Rappelons que ce jour-là, l'université a failli lamentablement à sa prétention d'être un lieu de débat.

    A la réception du communiqué, la quasi totalité des journalistes résument ou font une complaisante interview de la présidente. Aucun neFribourg_MBG.JPG pose cette simple question: l’hostilité (par ailleurs bien modeste si l'on en croit les chiffres avancés ce jour-là) n'est-elle pas due, entre autres, à toutes ces associations, ces mosquées, ces imams qui propagent un islam archaïque, misogyne et intolérant, et qui revendiquent à tout va pour imposer leurs préceptes? Non, les disciples de Pavlov ont répété sans l'ombre d'une question dérangeante le catéchisme de Dame Brunschwig.

    Je n'ai découvert que quelques jours plus tard un article de la Basler Zeitung. Il remet en question les déclarations de Fribourg et notamment de Martine Brunschwig Graf (MBG) et de ses collaborateurs. Il montre que:

    - Les chiffres contredisent le ton alarmiste de la Commission fédérale contre le racisme.

    - Le nombre de consultations pour discrimination a reculé entre 2015 et 2016, de 53 à 31 (pour 30 «centres d'écoute et de conseil»!). MBG parle de 48, mais elle arrive à ce chiffre en comptant les discriminations liées à l'origine arabe et non à la religion. En plus, 4 de ces cas ont été comptés à double.

    - Un expert a présenté une recherche au colloque montrant qu'1 article de journal sur 5 fait des «généralisations» sur les musulmans. En augmentation jusqu'en 2009, en recul depuis.

    En résumé (le mien), les chiffres qui annoncent une évolution positive sont tus, ce qui alimente la victimisation des musulmans et leur hostilité envers notre société.

    Je n'ai pas vu l'article de la Basler Zeitung dans le superbe répertoire publié sur son site par la CFR. Un oubli?

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  • Un prix pour soutenir les combattants du radicalisme islamique

    Le Tessinois Giorgio Ghiringhelli et son mouvement veulent récompenser l’action d’activistes contre l’intégrisme. Ils lancent une collecte de fonds.

    Ghiringhelli. prix,

    Jamais en retard d’une idée, le Trouble-Fête Giorgio Ghringhelli crée avec son mouvement Il Guastafeste un prix annuel. Il récompensera un ou une activiste de chaque région linguistique qui s’est distingué par sa «courageuse activité contre l'islamisation et le radicalisme islamique».

    Certains nominés à ce «Stop Islam Award» ont déjà été désignés pour la première édition qui aura lieu en hiver 2018. Il est possible d'en proposer d’autres jusqu’au 31 octobre (ilguastafeste@bluewin.ch).

    Notre trouble-fête, artisan de l’interdiction de la «burqa»au Tessin, souhaite offrir aux lauréats quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Il a lancé une campagne de collecte de fonds sur Tells-Geschoss.ch, plate-forme de la société Schweizerzeit Verlags AG. Objectif: récolter un montant global de 7'000 francs (6000 pour les prix, 1000 pour les frais d’édition).

     Voici les nominés actuels.

    Pour la Suisse romande: Alain Jean-Mairet, Uli Windisch, Sami Aldeeb, Dominique Schwander et… moi.

    Pour la Suisse alémanique: Saïda Keller Messahli, Walter Wobmann, Giuseppe Gracia et Roger Köppel.

    Pour la Suisse italienne: Anna Lauwaert, Stefano Piazza, Lorenzo Quadri, Eros Mellini, Boris Bignasca, Iris Canonica et Alexander von Wyttenbach.

    Si vous désirez connaitre leurs titres de gloire, voir ce communiqué envoyé aux médias des différentes régions: Communiqué.pdf. Il se termine par: «Merci pour l'espace que vous souhaitez consacrer à cette initiative dans vos médias.» Giorgio est un incorrigible optimiste…

    Pour plus détails, les familiers de la langue de Dante peuvent aussi consulter un article publié sur le site www.ilguastafeste.ch.

     

     

  • Burqa: nous voterons contre le haïssable symbole

    Le quota de signatures a été atteint de justesse, grâce entre autres aux militants de Vigilance Islam. Ils ont découvert dans une partie de la population une peur qui va jusqu’au fantasme.

    Les Suisses voteront sur l’interdiction de la "burqa" (niqab). Le texte a obtenu de justesse, lesinitiative contre la burqa,signatures 100'000 signatures requises. Elles ont été vérifiées par les administrations communales. Le comité d'Egerkingen, qui est aussi à l'origine de l'interdiction des minarets, était le maître d’œuvre. L’UDC n’a pas contesté, mais pas soutenu non plus, elle avait d’autres priorités. Ses membres, hors les jeunes, se sont donc peu mobilisés.

    Quelques semaines avant la date limite du 15 septembre, le comité a lancé un appel de détresse que d'innombrables internautes de Suisse ont répercuté et auquel de nombreux citoyens ont répondu. Dix mille signatures manquaient, elles ont afflué.

    Quelques personnalités peuvent se targuer d’avoir atteint à elles seules des scores stratosphériques, tel Erwin Lötscher, un Lucernois de 76 ans qui a réuni 9700 signatures ou Giorgio Ghiringhelli (à l'origine de l'interdiction du niqab au Tessin) 8000 avec l’aide de la Lega.

    L’Association vigilance islam n’a pas été en reste. Grâce à un formidable organisateur (qui doit hélas rester anonyme), des membres du comité, des adhérents, des sympathisants ont sillonné plus d’une vingtaine de villes romandes durant autant de samedis. Ils ont consacré sueur et sous (pour le train et le repas de midi) à cette activité. Avis aux nombreux cotisants retardataire, aux généreux donateurs et à ceux qui hésitent encore à adhérer: ce genre d’actions militantes méritent d'être financées par l’ASVI.

    Au total, nos vendangeurs ont rapporté plus de 3000 paraphes, soit la moitié du total de la Suisse francophone. Il faut dire que celle-ci se fait remarquer par sa faible mobilisation, elle a glané (selon notre dernier chiffre) moins de 7% du total des signatures.

    Les difficultés à réunir ces 100'000 paraphes rendent les fous joyeux, ceux de droite (hors l’UDC) comme de gauche. Ils reprennent leurs antiennes: si peu de burqas, volonté de stigmatiser la communauté musulmane, moyen erroné de lutter contre l’extrémisme, etc., etc. Les socialistes sont embarrassés, car pas mal de leurs membres sont tentés par l’interdiction. Ils étudient en lieu et place «une loi encadrant les pratiques religieuses, la formation d’imams ou le financement d’Églises.» (sic) On en a l’eau à la bouche! Mais on attend tout de même avec intérêt 2019, année  où devrait avoir lieu le vote.

    Pour Andrea Caroni, conseiller aux États PLR, la population ne se sent pas concernée. Croit-il vraiment que les violences de la planète d’Allah, le prêcheur de Bienne et quelques autres, nos affaires de terrorisme, le livre de Saïda Keller Messahli – et le mien- qui montrent le radicalisme des mosquées ont fait sérieusement diminuer les 70% de Suisses qui se prononçaient en août 2016 pour une interdiction du niqab?

    Les communautés musulmanes vont aussi, toute honte bue, défendre avec davantage de détermination la présence dans nos rues d’un des plus sinistres symboles de radicalisme et d’oppression de leur religion qu’elles ne l’ont fait pour les minarets. Pascal Gemperli-le-très-modéré l’annonce.

    Notre expérience du terrain nous a fait beaucoup penser à un autre sondage, celui d’août 2017 qui révélait que 38% des Suisses se sentent menacés par les musulmans.  Nous en avons rencontrés.

    Un nombre étonnant de personnes sollicitées s’enfuyaient dès qu’on prononçait le mot «islam», comme s’il les brûlait. De nombreux autres disaient clairement «avoir peur des musulmans». Peur de quoi au juste? Les intéressés ne répondaient pas. Ils ne signaient pas non plus.

    Un autre contingent, non négligeable, a bizarrement refusé d’apposer son paraphe, convaincu que les carottes sont cuites: rien ne peut plus arrêter l’offensive de l’islam! D’autres se sont abstenus, parce qu’ils avaient peur (encore!) d’être repérés par leur administration communale lors du contrôle des signatures… Et d'être dénoncés à des musulmans? Ce genre de fantasmes laissent tout de même songeur. Comme ces paroles définitives: «Non, je ne signerai pas, c’est trop tard. Il faut se soumettre! Ça durera un certain temps, puis peut-être qu’un jour, les choses changeront».

    Une recherche sur ces perceptions et leur origine serait fort intéressante si nos savants voulaient bien abandonner un peu l’étude des discriminations et de l’hostilité dont souffrent ceux qui se considèrent désormais comme les seules victimes des problèmes que certains d'entre eux posent.

    Notons aussi que la presque totalité des personnes sollicitées ignoraient l’existence de l’initiative.

     

     

     

  • Pascal Gemperli monte au créneau

    Dans une «opinion» publiée dans Le Temps, Pascal Gemperli répond aux viles accusations que lui vaut l'interview radiophonique qui fait l'objet de mon précédent post.

    Le président de l'UVAM donne à Jacques-André Haury, auteur d’une lettre de lecteur publiée dans le quotidien, des exemples de terrorisme chrétien. Et de citer quelques mouvements dont ont a peine a percevoir les convictions  chrétiennes et qui d’ailleurs se réfèrent assez rarement à la Bible: «les milices anti-balakas en République centrafricaine» qui en fait sont en conflit avec des milices musulmanes, exactions à la clé des deux côtés. Il mentionne aussi le Front de libération nationale du Tripura et le Conseil national socialiste du Nagaland en Inde, le Ku Klux Klan et l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda, étrange mélange de christianisme et d’animisme. Pour défendre sa thèse, la récolte est mince.

    Ces conflits font d'ailleurs un nombre de victimes bien dérisoire comparé aux 100'000 morts du terrorisme islamique depuis 2001. Mais sur ce terrain, Gemperli recule prudemment: « au bilan comparatif historique et contemporain de ces atrocités prétendument chrétiennes ou islamiques, tel que demandé par M. Haury, je laisse cela aux experts ». On a vu dans le papier qui précède ce qu’il en est. L'adepte d'Allah cite comme il est d’usage dans ce genre polémiques un aimable verset du Coran. (Mais pourquoi n’avons-nous pas de droit d’en citer qui sont infiniment moins aimables?)

    Suit un morceau de pédagogie qui se termine par un zest de triviale philosophie: «... la violence fait partie de la nature humaine et non d’une religion en particulier. (…) Le terrorisme est aussi islamique qu’il serait chrétien, à chacun de juger.» En réalité, vous seriez totalement dans l’erreur en pensant que vous avez le droit de juger qu’il serait islamique.

    Gemperli fait allusion à mes affirmations, mais prononcer mon nom est strictement interdit dans son milieu: «Parler du terrorisme prétendument chrétien n’est pas une tentative de relativiser son pendant islamique, comme certains me le reprochent Il s’agit seulement de «restreindre le champ d’argumentation des démagogues qui tentent sans cesse d’établir un lien naturel entre islam et violence». Mais une petit question encore: pourquoi les minorités, chrétiennes en particulier, sont-elles persécutées dans tant de pays musulmans et pas l'inverse?

    Arrivent les traditionnels sanglots longs des violons… de la victime. Le titre de ce texte nous a mis dans l'ambiance: «L’appel au secours d’un musulman». «...plus je scrute le fond de ma conscience, plus je constate qu’il s’agit en réalité d’un appel au secours. Un appel contre la violence symbolique dont souffre notre communauté quasiment au quotidien». Les centaines de milliers de victimes du terrorisme islamique ne souffrent pas que symboliquement.

    Le président de l’UVAM cite ensuite quelques propos souvent «proférés»: «L’islam n’est pas compatible avec la démocratie», «entre l’islam et le terrorisme islamique, ce n’est pas une différence de nature mais de degré» ou «distinguer islam et terrorisme est absurde». Avant de conclure à l’absurdité, si on en débattait? Ceux qui profèrent ces affirmations ont assez souvent des arguments fort savants à avancer.

    Et le violon reprend ses tremolos: «stigmatisation généralisée», «présomption de culpabilité vis-à-vis des musulmans et de leurs représentants» (notons son habile passage d’islam à musulmans).

    Gemperli reprend la contre-attaque au livre de Saïda Keller Messahli initiée par le directeur du Centre suisse islam et société dans la Tribune de Genève et y ajoute la culpabilité journalistique: «De nos jours, il est possible de proférer publiquement des accusations graves (de salafisme, de wahhabisme, etc.) contre des personnes irréprochables sans avancer d’éléments justificatifs. Une soi-disant experte de l’islam en Suisse peut affirmer que la majorité des imams seraient d’obédience salafiste et que le courant modéré de l’islam serait quasi inexistant en Suisse tout en continuant à être invitée par les médias. Et pourtant, les accusations gratuites sont prohibées par l’art. 7 de la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste du Conseil suisse de la presse.» Osera-t-il déposer une plainte au Conseil de la presse? La contre-offensive sera sans doute plus subtile.

    Pour le musulman vaudois, deux phénomènes menacent aujourd’hui la paix sociale et notre mode de vie: «l’extrémisme dit islamiste» et celui des «protectionnistes identitaires » (on ne la connaissait pas celle-là). Mais dans ce cas, Gemperli ne compare pas les victimes dues à l’un et aux autres.

    Il conclut: «Je vois comme une obligation patriotique d’empêcher les deux à la fois d’infester notre société avec leurs idées dangereuses.»

    Définition du mot infester: «Ravager un lieu par des actes de violence, des attaques brutales.» A éradiquer donc. Parce que le débat, Monsieur Gemperli ne connait pas.

     

     

  • Tourisme halal (suite)

    Un sujet traité vite fait par un journal belge, avec intervention de l’auteure de ce blog.

    Alors qu’aucun journaliste suisse n’a jamais trouvé mes coordonnées pour une réaction, voici que la Belgique a réussi ce challenge. Metro est un journal en ligne gratuit.

    Ce n’était pas pour un article de fond… Le voici.

    Muzbnb, un ‘airbnb’ à destination des musulmans, fructifie en Suisse

    08/02/2018

    muzbnb_fondateur.jpg

     Alors qu’Airbnb est parfois accusé de racisme, une nouvelle plateforme de location saisonnière de logements débarque en Suisse. Elle est particulièrement dédiée aux musulmans. Muzbnb est considéré comme un business fructueux sur les terres helvétiques.

    Hadi Shakuur, le co-fondateur (pas illustré dans Metro qui a choisi une photo touristique de notre beau pays)

    La société américaine Muzbnb a décidé de s’agrandir et d’étendre ses activités en Suisse. Désormais, les clients musulmans peuvent réserver leur logement chez des personnes de confession musulmane et pratiquer leur foi en toute liberté. En effet, en passant par cette plateforme, les voyageurs musulmans peuvent trouver dans les appartements un exemplaire du coran et un tapis de prière, tandis que la consommation d’alcool et de porc y est interdite.

    Une idée commerciale

    D’après Mireille Vallette, journaliste et présidente de l’association suisse vigilance Islam, cette initiative est une illustration du communautarisme et du processus de séparation qui se développent en Suisse. « Elle fait partie de ce vaste mouvement du business halal qui après la viande, puis l’agro-alimentaire, touche les vêtements, les cosmétiques, les produits ménagers, la finance, etc… Et surtout le tourisme, les vacances, un marché en plein essor », explique-t-elle.

    (Je n’ai pas précisé: «en Suisse», notre pays est encore relativement épargné.»

    «Je pense que cette idée correspond parfaitement à la bigoterie et au conservatisme qui se développent dans l’ensemble des populations musulmanes (occidentales ou non). C’est donc aussi une idée commerciale qui a un très brillant avenir. Nos sociétés profanes, occidentales, vont certainement s’engager aussi dans ce marché prometteur », ajoute Mireille Vallette.

    En revanche, Pascal Gemperli, le président de l’Union vaudoise des associations musulmanes, estime que les gens peuvent choisir librement leur endroit d’accommodation. «Si des gens veulent voyager selon certains principes et visiter des gens de leur propre communauté cela ne me pose aucun problème. Ça se fait dans toutes les communautés. Je n’appellerais cela ni isolement ni racisme », affirme-t-il.

    Selon Global Muslim Travel Index (GMTI), le tourisme islamique est en pleine augmentation, et la communauté musulmane en Suisse se compose environ de 400.000membres. Muzbnb espère donc offrir 5000 logements. «Voir des musulmans être rejetés sur Airbnb, ça fait mal, donc j’ai décidé de créer une solution dans Muzbnb. Nous essayons d’amasser 25000$ pour continuer à grandir et nous avons besoin de votre aide! S’ilvous plaît, montrer votre support dans cette cause en donnant même 5$ à partir d’aujourd’hui à https://launchgood.com/muzbnb», explique Hadi Shakuur, le co-fondateur de Muzbnb.

    Muzbnb.jpg

    Le Temps avait interrogé Saïda Keller-Messahli à ce sujet. «Ce site promeut la société parallèle et le communautarisme, déplore la titulaire du Prix suisse des droits de l’homme 2016. Des Frères musulmans d’Amérique sont engagés dans le projet», affirme en outre l’Helvéto-Tunisienne.»

    Et l'incontournable Pascal Gemperli: «Chacun est libre de voyager comme il l’entend. Il faut toutefois faire attention à ne pas s’isoler dans une bulle.» Le membre des Verts vaudois relativise cependant: «Ce genre de démarche se fait dans tout type de communauté.»

    J’ai traité récemment ce thème un peu plus longuement: «Le marché halal, une régression en plein essor.»

    Nul doute que cette nouvelle manie musulmane est promise à une formidable montée en puissance.

     

  • Un Centre islam et société ambigu

    Texte paru dans la rubrique "Opinion" du Temps le 17 novembre 2017, versions papier et électronique.

    Le Centre suisse islam et société (CSIS) de l’Université de Fribourg propose de multiples formations pour les acteurs des mosquées et encourage leur présence dans les institutions profanes. Mais est-ce bien le rôle de l’Etat? interroge l’essayiste Mireille Vallette

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    L'équipe du centre. A droite son co-directeur et fondateur, Hansjörg Schmid

    Jusqu’où favoriser l’islam et ses propagateurs au nom de l’intégration? Le Centre suisse islam et société (CSIS) de Fribourg donne ses réponses. Elles mériteraient pour le moins un débat.

     Le CSIS propose de multiples formations pour les acteurs des mosquées et encourage leur présence dans les institutions profanes. Ses partis-pris oscillent entre orthodoxie et modernisme.

     Le Centre ne semble voir aucun radicalisme en Suisse. Qu’elles soient albanaises, turques ou bosniaques, toutes les associations islamiques manifestent un formidable dynamisme, offrent de multiples activités qu’il importe de renforcer. Le CSIS ignore la discrimination sexuelle de ces lieux dans les prières, cours de religion, débats, conférences ou encore l’obligation du foulard et l’intense endoctrinement des enfants.

     Dans un rapport sur les besoins en formation continue, il énumère un nombre saisissant d'activités à mettre en œuvre, financées par les pouvoirs publics. Et le rapport annuel 2016 montre un processus en plein essor.

    Dans les mosquées, les enseignants de religion et de langues, les imams, les animateurs de groupes de jeunes, les animatrices de groupes de femmes, etc. profitent de formations telles que communication, pédagogie, didactique des langues et de l'enseignement de l'islam, gestion de conflits ou management associatif.

    Est-ce le rôle de l’Etat de financer des méthodes modernes d’enseignement de l’arabe, de l’islam, des manières plus dynamiques d’animer les activités des mosquées?

    A l'extérieur, l'aumônerie dans les prisons, les hôpitaux, les foyers pour réfugiés représente un bassin d'emplois prometteur. Mais avant d’officier, les futurs aumôniers ont aussi besoin de multiples formations. Plus généralement, tous les secteurs à forte minorité musulmane (écoles, Centres de loisirs, aide sociale, etc.) auront besoin d’experts musulmans.

    Le CSIS favorise aussi la prise en charge des réfugiés (enseignement de la langue d’origine, formations, services administratifs divers) par les mosquées. Peut-on les considérer comme un moyen d’intégration des immigrés musulmans alors que selon deux livres récents, le radicalisme -salafisme et Frères musulmans- les imprègnent en réalité profondément?* N'est-ce pas aux services profanes de l’État d’assumer cette tâche?

    Le CSIS forme aussi des professionnels en contact avec des musulmans (policiers, soignants, enseignants, etc.). Il se veut le moteur d’un islam moderne. Mais il invite son public à accepter les revendications religieuses. Il annonçait son premier séminaire par la photo d'une musulmane avec ordinateur et foulard. Deux collaboratrices portent le couvre-chef islamique. Mallory Schneuwly Purdie, spécialiste de la formation, se félicite de la décision du Tribunal fédéral d'autoriser le foulard des fillettes à l'école. Elle pense que la religion n'est pas une affaire privée. Halal à l’école ou congés pour le ramadan, par exemple, sont «des aménagements» qui peuvent favoriser le vivre ensemble. Une membre du Conseil consultatif du CSIS se déclare favorable aux salles de prières dans des établissements scolaires.

    D’un organisme de niveau universitaire, on attendrait quelques recherches scientifiques: sur la fabrication du Coran et la production des hadiths passées au filtre de l’archéologie, de l’épigraphie, de la linguistique, et l’organisation débats contradictoires. Récemment, le CSIS a choisi d’être la caisse de résonance de la victimisation des adeptes du prophète. Son colloque consacré à «l’hostilité envers les musulmans» a réuni une quinzaine d’intervenants: tous ont défendu le même point de vue et dénoncé l’islamophobie. L'Association suisse vigilance islam a envoyé au Centre une pétition munie de près de 800 signatures qui demande l’organisation de colloques critiques.

    Question textes, le Centre ne distingue pas science et foi conformément à l’orthodoxie islamique. Ses étudiants planchent sur les «disciplines scientifiques de l’islam», soit l’exégèse du Coran, ou sur la «science des hadiths».

    La Suisse doit-elle engager des moyens financiers aussi élevés pour renforcer une religion et ses pratiques, et les faire infuser dans ses institutions profanes?

    *A lire: «La Suisse, plaque tournante islamiste» (en allemand) de Saïda Keller Messahli  et «Le radicalisme dans les mosquées suisses» de Mireille Vallette.

    Mireille Vallette, essayiste et journaliste

  • Dossier: l’inquiétante œuvre d’islamisation du centre de Fribourg

    Offrir de multiples formations aux enseignants des mosquées, leur faire place dans les institutions profanes, ignorer leur conservatisme, telles sont quelques-unes des orientations du CSIS. Un dossier fait le point.

    Prière_Hom_Montreux.jpg

    Des fidèles d'une mosquée vaudoise il y a quelques années. Si l’on cherche bien, on aperçoit tout au fond… les femmes. Cette discrimination est un des préceptes de la Tradition scrupuleusement respecté. 

    C’est une réalité probablement unique en Europe: la plus grande opération d’islamisation de Suisse est financée par les pouvoirs publics. Elle est conduite par le Centre suisse islam et société (CSIS) situé à l’université de Fribourg et spécialisé dans les formations continues.

    J’ai voulu mieux connaitre les pratiques de ce centre. Je me suis plongée dans ses activités et professions de foi. J’ai réalisé à partir de ces lectures un dossier illustré  (dans vigilanceislam.com) que je vous invite à consulter et que nous distribuons largement. L’arme du savoir aide à résister… si tant est qu’on ait envie de savoir.

    Le CSIS propose au personnel des mosquées des formations qui les rendent plus efficaces dans leur transmission religieuse. Une étude du Centre de 2016 synthétise les formations que ces bénévoles souhaitent. Entre autres:

    «…communication institutionnelle et médiatique, cours de pédagogie, de didactique des langues ou de l’enseignement religieux, gestion de conflits ou management associatif…»

    Le CSIS s’est mis à l’œuvre sans attendre. Le personnel des mosquées étant parait-il démuni, ces formations sont gratuites pour lui.

    Le Centre collabore étroitement avec ces associations islamiques (appelées aussi  mosquées ou centres) qu’il porte aux nues. Il ne voit en leur sein aucun signe de radicalisme. Il ne dit pas un mot de l’empreinte inquiétante et maintes fois démontrée des wahhabites, de l’islam turc (dont il décrit complaisamment les formations), et surtout des Frères musulmans qui sont présents et invités dans tant de ces associations. Pas un mot non plus des pratiques sexistes de la plupart d'entre elles.

    Les médias, Saïda Keller Messahli, "Qatar Papers" et mon dernier livre font d'éloquentes démonstrations du caractère wahhabites ou frériste de très nombreuse mosquées, notamment les plus importantes des cantons de Neuchâtel, Fribourg, Vaud et Genève. Mon blog regorge de ces exemples. Il possède un excellent moteur de recherche.

    Est-ce le rôle de l’Etat laïque, qui subventionne déjà -avec les cantons- d’innombrables ressources d’intégration, de financer des formations spécifiques aux croyants musulmans telles que l’apprentissage de l’arabe, la sexualité en islam ou l’enseignement de la religion islamique? D’aller jusqu’à souhaiter la professionnalisation des «travailleurs sociaux» de ces mosquées qui pourraient alors rejoindre le secteur public?

    Le CSIS justifie toutes ses initiatives par deux mots magiques prévention de la radicalisation et intégration. Les religions chrétienne ou juive ne présentant aucun danger, il ne vient à l’idée de personne de les rétribuer. Au contraire, elles sont sanctionnées: il est interdit de citer spécifiquement l’islam dans la prévention de la radicalisation. Les autres religions, les «idéologies» font partie de ce qu’on appelle désormais «l’extrémisme violent».

    En revanche, de formidables bénéfices dus au terrorisme, comme le démontre brillamment Alexandre del Valle dans «La stratégie de l’intimidation», sont offerts aux musulmans. Tout ce qui accroît leur bien-être est censé être un rempart contre la radicalisation. C’est pourquoi le CSIS et les services publics en général financent tant de prestations. 

    Dans les synthèses des 26 ateliers qu’il a organisés–les «CSIS Papers»-, les musulmans en formation sont régulièrement invités à creuser la «perspective théologique» des sujets traités. Des versets et des hadiths sont fréquemment cités. Le Centre s’adresse à des croyants et pratiquants.

    Le CSIS, qui a créé un enseignement de l’islam à l’université, ne cache pas qu’il cherche à faire essaimer dans tous les secteurs et institutions profanes fréquentés par un nombre respectable de musulmans, ses «experts» bien formés. Ils y porteront selon leur bon plaisir leur religion en étendard… dont pour les femmes le foulard. Parallèlement, le CSIS explique par des séminaires aux professionnels (policiers, travailleurs sociaux, enseignants, etc.) ce qu’il faut accepter de l’islam.

    L'aumônerie en point de mire

    Le Centre cherche toutes sortes de financements publics pour rendre plus efficaces ces imams, enseignants, animatrices pour enfants et pour femmes, etc. dans la transmission de leur religion. Par exemple en les engageant comme intervenants dans ses formations (ne sont-ils pas les meilleurs spécialistes de leurs mœurs et convictions?) ou en travaillant à leur concocter le statut extraordinairement prometteur d’aumônier -ou d’aumônière- dans les institutions publiques. Les cantons sont invités à créer ces emplois… Un rêve pour tous ces adeptes d'Allah qui rêvent de consacrer leur vie à l’islam.

    L’aumônerie concerne les prisons et les hôpitaux, mais aussi «les centres fédéraux de requérants d’asile (…) les établissements médico-sociaux, les centres d’animation socioculturelle pour les adolescents et jeunes adultes, ainsi que les écoles.»

    csis,dossier

    http://www.vigilanceislam.com/images/Broch_CSIS_MV_avril2020.pdf

    Le Centre partage le plus petit dénominateur commun des mouvements intégristes et extrémistes d’Occident: la promotion des exigences divines telles que le foulard dans l’administration, l’économie et les écoles, le burkini, le halal, les prières dans l’entreprise, etc. Le colloque 2020  traitera de «l’islam en classe».

     Le CSIS est tout étonné de l’aversion que ces exigences suscitent dans la population:

     «(…) chaque thème en rapport avec le domaine de la «visibilité» a tendance à être vu comme un problème: minaret, voile à l’école, voile intégral, mais aussi enseignement de la natation à l’école ou refus de poignée de mains entre hommes et femmes.»

     Dans cette affolante conjoncture où terrorisme, persécution des chrétiens, augmentation du littéralisme, persistance de législations islamiques discriminantes, formation de quartiers islamisés en Europe, émeutes et embuscades, le CSIS attribue à ses fidèles le seul statut qu’ils apprécient: victime. Plus les actes odieux commis au nom de l’islam se multiplient, plus les musulmans sont priés -et ils ne se font pas prier!- de s’en considérer comme les principales victimes. Et plus ils sont nombreux à détester leur pays d’accueil et l’Occident. Cette hostilité, voire cette paranoïa, se répand dans l’ensemble de la population musulmane, croyante ou non. Le CSIS et ses nombreux partenaires y contribuent.

    Critiquer ces mœurs bigotes et les textes qui les légitiment, s’élever contre cette visibilité qui désécularise notre société, voir dans les textes «saints» certaines inspirations du terrorisme et en tout cas des inégalités régnant dans tous les pays musulmans, c’est être porteurs de vils préjugés. Le Centre fait de la lutte contre ces préjugés l’un de ses objectifs majeurs.

    Hansjörg Schmid, directeur du CSIS, ne manque pas une occasion dans les médias de défendre ses protégés et d’appeler à financer ses activités. (Il reçoit déjà la manne d’un nombre impressionnant de services publics). Il s’exprime par exemple dans La Liberté du 11 février 2020 à propos de l’affaire Abu Ramadan, un imam aux prêches venimeux: si les communautés engagent des imams haineux, c’est qu’elles «manquent de ressources»… «Il faudrait plutôt motiver les imams à se former et soutenir le financement des formations continues.»

    Le CSIS regrette que la parole soit trop souvent donnée à Saïda Keller-Messahli et à son «Forum pour un islam progressiste», et pas assez aux grandes faitières musulmanes… qui elles n’ont hélas pas grand-chose de progressiste. 

    Les imams «médiateurs» ou «bâtisseurs de ponts», de même que les autres membres du personnel des mosquées se révèlent en fait très conservateurs. J’en relève de nombreux exemples dans mon dossier, tirés des productions du CSIS. Celui-ci est lui-même très conservateur à l’occasion, comme lorsqu’il explique comment le droit suisse peut être utilisé pour défavoriser une fille dans l’héritage. Je soulève aussi quelques paradoxes et pose des questions qui dans une démocratie devraient logiquement être débattues par le politique.