Quand la Suisse couvrait les cheveux des Iraniennes

Oui, la Suisse fabriquait des tchadors. Mais tout se gâte au début du règne de Khomeiny. Libé mène l'enquête...

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Légende photo:  "Jeune femme suisse portant tchador à côté de la machine à tisser"

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Je suis heureuse de vous faire découvrir un pan de notre histoire. Cette enquête est parue le 7 février 1981 dans Libération sous la signature de Patrick Berthreu. Deux ans et demi après la sinistre Révolution islamique, le quotidien adulé par l’extrême gauche n’a pas encore fait son coming out féministe sur le sujet.

Voici donc un article bien écrit, léger et désinvolte, qui nous révèle une page d’histoire économique de notre pays. Je vous l’offre en pièce jointe (Article Libé.pdf) dans son intégralité. Mais comme je suis sympa, je vous le résume aussi:

D’abord, l’envoyé spécial de Libé à Zurich fait une allusion au bon vieux temps et nous révèle que la Suisse vendait des tchadors. Et des meilleurs!

«Tout le monde s'accorde à reconnaître la suprématie du tchador suisse et sous le règne de Reza Palhavi, on se l'arrachait à 130F le mètre au bazar de Téhéran.»

Mais pour les fabricants, le ciel se couvre, comme les femmes iraniennes. Contraintes et forcées, mais ce n’est pas leur problème, ni celui du journaliste. Jean Veillon, directeur de l'exportation des établissements Schwarzenbach était «enchanté au départ par le retour en force du voile sur les visages des Iraniennes recommandé avec insistances par les mollahs». Tout se déglingue ensuite. Entre concurrence asiatique, nationalisme et baisse des prix, les mécréants suisses ne peuvent pas suivre.

Pourtant, dans ce domaine aussi, la force de notre production, c’est la qualité. Jean Veillon :

«A la sortie des métiers, le tissu plat et blanc est bouilli et teinté de noir. Le fil de viscose se rétracte et fait le gondolé qui donne le relief aux motifs. Ce cloqué n'a rien à voir avec celui des Japonais, Coréens et Formosans qui fabriquent des tchadors de tous les jours à très bas prix.»

Ce cloqué était d’abord destiné à la fabrication de kimonos. Berthreu:

«Les Iraniens l'apprennent par hasard: ce joli tissu conviendrait bien pour faire des voiles. A raison de 6 mètres par tchador, la Suisse n'a pas hésité à convertir sa production japonaise à la religion musulmane.»

Et l’on passe, comme la deuxième firme, Gessner, d’une charmante coutume à une autre. Mais après les premiers tourments des fabricants, voici l’apparition d’un troisième larron, Peter Sidler, qui s’occupait d’exportation pour les deux premières. Il crée Sibromex... et casse les prix.

Les Schwarzenbach s’indignent, relate le journaliste. «On n’accepte pas dans l’illustre famille de se faire griller par un nouveau qui flirte sans pudeur avec les Islamiques.»

Si Gessner abandonne et se reconvertit dans la cravate, Veillon prépare «la contre-offensive» et en découvre son secret au reporter:

«Une porte qui s'ouvre sur un vacarme d'enfer, des navettes qui s'affolent. Le tissu blanc sort de la machine. Pas de doute, c'est du tchador, du vrai. Ces vieilles machines des années trente tissent à peine 28 mètres par jour. Il faut une tisseuse pour surveiller 4 métiers... La qualité va de pair avec la lenteur.»

Son astuce: la contrebande. Mais pas seulement: «De confidences en confidences, j'apprendrai également que la Suisse a plus d'un tchador dans son sac. «Si l'Iran n'en veut pas, nous vendrons à l'Arabie Saoudite» lui révèle Veillon..

Mais une autre entrave survient : «l'Iran est encore venu une nouvelle fois fausser le jeu en guerroyant avec l'Irak.»

Malgré les menaces de Veillon, le journaliste s’en va voir «le traitre», patron de Sibromex. Lorsque celui-ci est allé à Téhéran deux mois plus tôt, les importateurs vantaient les bas prix des Asiatiques et se demandaient pourquoi acheter une meilleure qualité. (C’est vrai, après tout, ce ne sont pas eux qui les portent!)

Mais tout est bien qui finit (très provisoirement) bien :

«A force de pleurnichage, ils m'ont dit on ne peut plus vous payer comme avant. On peut à la rigueur à 25F, c'est à prendre ou à laisser. Au dixième thé, ils ont accepté 30F et on s'est embrassé.»

Alors que la petite guerre se poursuit entre fabriquant, les derniers espoirs d’exportation s’effacent. Et c’est ainsi qu’un nouvel et précieux savoir-faire disparait.

Ils couvrent un peu, beaucoup, à la folie…

En 1979, l’Occident découvre ce que réserve aux femmes les islamistes khomeynistes. Je sortais des luttes féministes lorsque j’ai découvert, quelque peu abasourdie, ce tchador. C’est une pièce de tissu semi circulaire qui part des cheveux. Elle est ouverte sur le devant, et est tenue par les mains, ou en entourant ses extrémités autour de la taille.

Mas la créativité islamique s’exprime dans de nombreux autres éléments du vestiaire féminin.

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Le niqab (couvre-chef noir comme le reste) ne laisse voir que les yeux, il est surtout porté en Arabie saoudite. Là-bas, les femmes doivent aussi enfiler une longue robe, l’abaya, et un voile, «assez épais, pour cacher ce qu'il couvre», nous dit joliment Wikipédia. D'après la charia saoudienne, les femmes sont autorisées à dévoiler un œil, voire les deux si nécessaire, afin de décourager l'emploi du maquillage. En Europe, où il se multiplie, on n'est plus au moyen-âge: les femmes peuvent garder les deux yeux visibles.

En 2001,en Afghanistan, c’est la version ultime de cette disparition du corps des femmes, la burqa ou tchadri, qui nous est dévoilée. Même les yeux sont dissimulés derrière une grille.

Le jilbab, fréquemment porté en Suisse mais peu connu des citoyens, se situe entre le niqab et le hijab. C’est un long voile qui cache l’intégralité du corps et le tour du visage.

D’autres variantes existent, par exemple un masque en cuir ou en métal qui sert à dissimuler le visage des femmes, mais aussi à gêner l'expression orale, «jouant le rôle d'une sorte de ceinture de chasteté du langage Il se porte avec une abaya.

Voilà. C’est une des facettes de ce que les islamistes appellent «l’extraordinaire diversité de l’islam». Les courants musulmans, les nôtres et ceux d’ailleurs, dont l’Organisation de la conférence islamique, y sont très attachés, raison pour laquelle lorsque l’un de ces attributs menace d’être interdit, comme le niqab en Suisse le 7 mars prochain, ils s’élèvent avec vigueur contre cette atteinte à la liberté et à la diversité islamiques. Le reste du temps, ils posent un regard fier sur ces indices de piété féminine.

 

Commentaires

  • Mme Keller Sutter vous n'êtes pas élue pour faire la représentation de la cours européenne des droits de l'homme qui oublie les droits de la femme mais pour protéger la Suisse d'une soumission de plus en plus voyante de nos valeurs à l'idéologie totalitaire patriarcale.

  • Comme d'habitude, la burqa-niqab-tchador sous le chah, c'est mal. Surtout si la fabrication du textile enrichit les Suisses, là, c'est carrément archi-mal. Mais sous les ayatollahs, c'est bien, c'est féministe, c'est de la diversité culturelle et de l'ouverture d'esprit.

    Quant à l'argument comme quoi interdire la burqa serait sexiste et islamophobe, j'ai deux bons arguments :
    1) qui prétend donc interdire aux hommes de porter une burqa ? Au nom de l'égalité et de la non-discrimination ? De toute façon, personne ne voit si c'est un homme ou une femme sous la burqa, alors ....Il y a certainement plein de gen.x.s non-binaires qui rêvent de porter une burqa. Est-ce que le sexisme ne serait pas précisément le fait qu'il n'y ait que les femmes qui (soient obligées de) le portent ?
    2) ne me dites pas qu'il est interdit aux non-musulmans, homme comme femme, de porter une burqa ? Interdire la burqa aux mécréants est discriminatoire et raciste. CQFD : si tout le monde a le droit de porter une burqa (y compris les LGBTIQA+), si les représentants de toutes les religions et de tous.x.tes les sexe.x.es ont le droit de porter un burqa - puisque c'est un libre choix vestimentaire - où est donc l'islamophobie et l'intolérance religieuse ?
    NB: l'écriture épicène, c'est du sarcasme ;-))

  • Et 50 ans plus tard c'est "libé" et "le monde" qui imposent le voile aux femmes des cités de France! Et "les mêmes" qui aujourd'hui refusent de voir que dans ces même cités les femmes ne peuvent plus aller dans les cafés!

  • Lavage de linge sale entre Français autour du livre de Jean-Pierre Jobin "« Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école » . Il est accusé de diffamation par le président de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), Rodrigo Arenas, un gauchiste pur et dur, qui portait des t-shirt du Che dans sa jeunesse, l'équivalent, selon lui, des abayas noires que portent les jeunes filles interdites de voile à l'école.

    https://www.lepoint.fr/societe/islamo-gauchisme-jean-pierre-obin-soutenu-au-tribunal-par-manuel-valls-21-01-2021-2410601_23.php

    Selon Mohamed Sifaoui, "La stratégie des islamistes et des Frères musulmans consiste à opérer une réislamisation par le bas à travers l’éducation."

  • Connaissez-vous Heidi Seray ? Elle a écrit un excellent texte paru dans le courrier des lecteurs de la TG (sans doute dans l'édition du lundi 25.1.21). Félicitations à la TG d'avoir eu les c... de publier une telle lettre. Elle s'y prononce pour l'interdiction de la burqa en des termes très posés et convaincants. Elle se dissocie du Comité d'Egerkingen, mais peu importe... l'essentiel est que cette votation passe. Reconnaissons simplement que la question n'aurait jamais été posée sans l'initiative du Comité d'Egerkingen, merci à eux.

    Voici un autre texte d'elle, paru dans le Courrier en 2015 - je n'ai pas trouvé bcp d'autres occurrences avec son nom, si ce n'est des livres
    https://lecourrier.ch/2015/10/15/pourquoi-les-penseurs-de-lislam-ont-ils-echoue/

    Bravo et merci à elle !

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